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Délire / Suicide 1: Le recours à la fiction.

U.F.R. d’Etudes psychanalytiques

Université Paris-Diderot

Mémoire de Master 1









Délire / Suicide










Mémoire présenté par Séverine Thuet,

sous la direction du Professeur Paul-Laurent Assoun.


Jury constitué des Professeurs Paul-Laurent Assoun et Alain Vanier.






2012/2013
















« A toi qui a tenu l’engagement, le seul, auquel te vouait une force obscure, celui de retirer ton image dans ton ombre. »


A Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, Saisons d’Alsace.





















Sommaire










Introduction Page 4


1. Le recours à la fiction. Page 14


2. Le sérieux contre l’ironie. Page 28


3. Je l’ai castré ou l’absence de soi. Page 42


Conclusion Page 60


Bibliographie Page 62

























Introduction
















A priori, du suicide, il n’est pas question de faire la théorie.


Du suicide, il n’est pas question de faire la théorie comme il est possible de le faire de l’hyperesthésie des jambes d’Elisabeth von R. ou des mesures de protection que met en place le petit Hans au moment d’aller se promener dans la rue. Car le suicide ne semble pas être de l’ordre du symptôme, formation substitutive issue d’un compromis entre la revendication d’une motion pulsionnelle et l’instance narcissique pour la névrose, ou retour dans l’extérieur de qui est aboli au-dedans pour la psychose, dans la mesure où son modèle théorique pour Freud et Lacan est la paranoïa.

En effet, le suicide, même annoncé, voire justifié par quelques phrases sybillines dans une lettre destinée à l’entourage, est un acte qui, in fine, ne relève pas de la formulation langagière à laquelle peut se réduire le symptôme. Le sujet suicidaire se soustrait à la logique du signifiant, qui sous-tend son existence de sujet mais ne justifie pas son existence en tant que singulière, c’est-à-dire incarnée : la mort du suicidé est bien son dernier mot, le dernier mot du signifié[1]. Cet au-delà du signifiant que rejoint le sujet, au-delà qui est en même temps sa condition en tant que chaîne signifiante particulière, déplace en quelque sorte l’enjeu thérapeutique.


Le fait et le mode en lequel le sujet névrosé se raconte son histoire, y compris son désir de mort, peuvent être le point de départ du déplacement ou d’une déconstruction des formations psychiques pathogènes. Dans le cas de la tentative de suicide, le fait de se raconter doit d’ailleurs être un élément essentiel de l’accueil du suicidant à la suite de son éveil[2].

Le rapport à sa propre histoire est mis en mouvement dans le transfert du névrosé. C’est précisément ce que le père de H. qui avait déjà tenté trois fois, à 19 ans, de se suicider, disait lors du dernier entretien avec le psychiatre : il restera inquiet pour son fils tant qu’il ne sera pas possible de raconter cette histoire-là, ce qu’il s’est passé à ce moment-là[3]. H. répondit oui à la question adressée à lui par le psychiatre de savoir s’il en était d’accord. Il ajouta, toujours en réponse à une sollicitation extérieure, que c’était encore compliqué.


En réponse, car, jamais, lors des entretiens, H. ne fit de phrase de son propre chef ou commençant par Je et portant sur lui-même. Et, la plupart du temps, ses mots se coulent dans des réponses préfabriquées. Jamais dans une question.


Dans le cas de H., l’espoir qu’avait son père de la possibilité d’élaboration de la raison du passage à l’acte semblait issu d’une projection artificielle de sa possibilité réflexive sur son fils, tant l’instance d’un soi-même semblait chez H. tout entière parasitée, surtout dans le rapport au psychiatre, soit par un vide aspirant sa psyché tel un trou noir, soit par une noirceur sarcastique.

L’on pourrait inférer de la formulation de cet espoir que ce père projette sur son fils son rapport névrotique au monde. Or, il faut tout de suite dire que ce père, dont H. disait que, s’il ne le voyait pas pendant trois semaines, il ne le reconnaîtrait pas, a lui-même un père qui lui demande, à chaque fois qu’il le voit, qu’est-ce que tu fais, déjà, dans la vie ?, alors même qu’il s’agit là du domaine que cet homme investit le plus dans son existence.


Il faut par conséquent distinguer le sujet névrosé du sujet psychotique dans son rapport à la mort, définie comme ce qui est au-delà et au fond du signifiant. Car la structuration lacanienne de l’inconscient sur le modèle du langage conduit à l’identification de l’inconscient et d’une chaîne de signifiants, et par conséquent, à la subordination de la structuration de l’inconscient au rapport à l’Autre[4]. Or l’instance symbolique chez le sujet psychotique est structurellement défaillante, en tout cas pour autant que l’on s’en tienne provisoirement à ceci que tout le monde ne puisse pas devenir fou[5]. Dans la psychose, ça parle tout seul, de l’extérieur, alors que le névrosé a un rapport singulier à son propre conflit psychique. D’où la difficulté à concevoir la tentative de suicide du sujet psychotique comme étant du ressort de l’acting out : la tentative de suicide de ce sujet semble ne pouvoir être qu’un passage à l’acte. Celle du sujet névrosé, au contraire, peut relever d’une adresse à l’Autre, d’où des lettres laissées à l’entourage par exemple. Le suicide du sujet névrosé peut relever de la logique symptomatique et, ses raisons, élaborées. Pour autant, même dans le cas du sujet névrosé, l’un ne peut empêcher l’autre de mettre un terme à ses jours. Car, malgré la responsabilité qui incombe au thérapeute, cette responsabilité ne peut en droit (mais, justement, dans la sphère du droit, certains thérapeutes se retrouvent mis en demeure de justifier l’échec thérapeutique que représente la mort volontaire de leur patient) aller jusqu’à se substituer à la charge de supporter la douleur d’exister qui incombe à chacun.


Que faire face à la tentative de suicide de celui dont l’existence d’un Je a d’autres fondements que ceux du sujet névrosé, voire, des fondements si peu établis que l’instance moïque s’avère fragile tant et si bien qu’elle confine au rien ?


H., ce jeune patient schizophrène et L., soigné pour PMD, sont les patients du CMP qui constituent la réalité clinique de ce mémoire. L’idée, partagée par Freud et selon laquelle le problème qu’est le suicide pourra davantage être compris par « un exemple soigneux de cas individuels » qu’« à partir des statistiques »[6] (un psychiatre du CMP s’est d’ailleurs adonné durant le stage à une étude statistique sur le suicide, étude à laquelle nous n’avons pas souhaité participer) ne fait que mettre en évidence la préséance fondamentale et générale de l’observation[7] sur le prétendu résultat théorique en matière psychanalytique. Cette idée met en évidence a fortiori l’indexation du savoir à la singularité, à rebours de la science qui parie sur l’évaluation. Le désir de savoir appliqué au suicide ne fait que redoubler cette indexation par la mise en question de ce qui n’appartient qu’à l’individu considéré, à savoir son existence singulière, la prise du sujet dans tel corps particulier.

Disons tout de suite qu’au cours de cette écriture, H., pour reprendre la formule par laquelle le psychiatre me l’a annoncé, s’est donné la mort une semaine après l’entretien relaté ci-dessus. La formule « se donner quelque chose », est d’un usage rare, et son emploi fit résonner que la mort est l’une des rares choses que l’on puisse se donner à soi-même, voire la seule.

Je n’étais pas l’objet du transfert de H., car, du transfert avec ce jeune patient schizophrène, il semblait y en avoir, nous y reviendrons. Je ne portais donc pas la charge transférentielle ni la responsabilité thérapeutique, d’ailleurs partagée entre le psychiatre et une psychologue extérieure au CMP. Malgré tout, subsiste une certaine sidération liée à l’annonce du raptus que constitue toujours pour l’autre la réussite de cet acte. De cet acte, au sens commun, on peut dire généralement que l’on n’y croit pas tant qu’il demeure dans le ratage. Ou tant que l’on n’a pas l’expérience du rapport de certains psychotiques à la mort.

De cette mort, l’on peut dire en l’occurrence que l’inévitable instrumentalisation des séances avec le patient en vue de l’écriture universitaire se colore d’une indécence poisseuse. Cette indécence va jusqu’au fait que la mort de H. lève le blocage qui minait l’écriture, en ceci que chacun de mes pas théoriques était destiné à servir l’analyse et les perspectives de la prise en charge dont H. était l’objet au sein de l’institution. Chaque idée retournait invariablement sur l’idée de ce jeune homme, sur l’énigme qu’il incarne massivement et passivement, et que nous avons d’abord rencontré au CAP, au lendemain de sa troisième tentative, encore tout ensommeillé. Psychiatrique ou universitaire, l’institution tend à faire du suicide du patient l’issue d’un cas, là où le thérapeute qui le voit régulièrement se trouve malgré tout dans un rapport de personne à personne, même sur le mode spécifique de la consultation psychiatrique. Par conséquent, sa mort m’a obligée de me décoller de lui, ce que je parvenais difficilement à faire jusque là, ce qui peut indiquer que la clinique a court-circuité mon transfert de travail aux textes, que j’ai été prise dans son rapport au monde ou que la singularité leste la pensée, et qu’élaborer de la clinique pendant qu’elle a lieu peut être compliqué.


L’on peut dire aussi que cette sidération a une lointaine parenté avec celle qui constitua l’étincelle de ce travail sur le suicide. Ce travail partit du choc qui suivit la prise de connaissance de la mort de la philosophe Sarah Kofman. La mort est soit le contraire d’un événement, en tant qu’elle est ce qui n’arrive jamais -l’instant de la mort qui effracte le moi -, soit le seul événement possible, car c’est la seule chose qui puisse, au fond, arriver. Je venais tout juste d’être éblouie par le style de son texte sur la femme dans les textes de Freud[8]. Cette femme que je trouvais si brillante mit fin à ses jours à l’âge de 60 ans. Ce choc fut causé par le renversement, brutal à l’horizon de ma prise de connaissance mais qui est tout aussi bien celui de mon transfert, des apparences de la possession phallique en la perte du signifiant du désir. Cette parenté demeure lointaine pour la raison principale que, en ce qui regarde Sarah Kofman, mon transfert de travail à sa figure de penseur interféra avec le travail de cure personnelle. Cet éloignement est éminemment accentué par l’atopie intellectuelle et affective que représente l’absence apparemment totale de désir, ce désert phallique pour ainsi dire, pour la première fois rencontré sur ce mode insistant.

J’ai été longtemps animée de la conviction, peut-être tout aussi bête que purement théorique (héritée d’une lecture psychologisante, donc fausse, car elle se rend quitte la seule lecture possible de ce concept, qui est politique), de la mise en rapport par Heidegger de l’être-pour-la-mort et de la prise en responsabilité de sa possibilité d’exister authentiquement[9]. Cette conviction romantise en quelque sorte la possibilité de l’acte suicidaire car seule la saisie intime de la possibilité existentiale fondamentale qu’est la mort (l’ennui peut également y conduire[10]) conditionne alors la possibilité de vivre sa propre vie, en termes lacaniens, de ne pas céder sur son désir. Face au fait que la majorité des patients psychotiques vus en entretien au CMP, hormis les paranoïaques, passe par la précipitation, idéelle ou effective, de leur propre mort, cette conviction tombe bien évidemment à plat et à côté. Ce fait nous conduit à envisager les déterminants de l’hypothèse selon laquelle la tentative de suicide chez le sujet psychotique a un rapport avec sa structuration psychique fondamentale.


Pour le névrosé, le travail de l’analyste a pour terme, selon Freud, d’avoir donné au patient les moyens de « modifier sa position à l’égard…[du]…facteur » commun aux deux sexes qu’est le refus de la féminité ou angoisse de castration[11]. Face au patient mélancolique qui a un rapport violent à la vie comme à la mort, et le schizophrène, qui peut se laisser couler régulièrement d’une existence vécue sur un mode singulier à la tentation du néant, telle Nicole Kidman incarnant Virginia Woolf pénétrant lentement et se laissant doucement immerger dans l’eau du lac[12], ou H. qui se laisse négligemment tomber d’une falaise, le thérapeute est désemparé de l’identification d’un facteur dernier.

L’analyste du névrosé, déjà, en dehors de son point de butée qu’est l’angoisse de castration, que l’élaboration lacanienne de l’objet a se propose d’ailleurs de dépasser, ne peut maîtriser le facteur pulsionnel dans sa dimension quantitative. La force relative des facteurs pulsionnels peut être considérée comme étant le nom de ce qui caractérise le sujet dans sa singularité la plus exemplaire[13]. Pour ces deux raisons, angoisse de castration indéfinie, et impossibilité de dompter le facteur pulsionnel, l’analyse ne peut éliminer la névrose. Peut-on transposer cette compréhension de la pulsion comme ce qui constitue la singularité propre du sujet au sujet psychotique ?


La révolte du ça, en tant que réserve de libido identifiée auparavant par Freud comme libido du moi[14], révolte contre la nécessité réelle, est ce qui produit respectivement névrose et psychose[15]. Donc il semble bien que la pulsion soit en cause dans la formation du symptôme psychotique.


Mais lorsque Freud compare le cas d’Elisabeth von R. à sa version psychotique, la motion pulsionnelle, en l’occurrence l’amour pour le beau-frère, est laissée intacte. En effet, dans le second cas, la seule modification qui apparaisse est le déni de la mort de la sœur[16]. Il n’est pas apporté de travail psychique à l’amour pour le beau-frère, mais seulement à ce que Freud appelle un fragment de réalité. De même, le devenir-Je du Es est précisément ce qui pose problème pour le sujet psychotique. C’est donc avec précaution qu’il faut manier l’assimilation de la révolte du ça dans les deux structures, si l’on cherche à mettre en relation les destins de pulsions chez le sujet psychotique et son passage à l’acte suicidaire.

D’autant plus que l’idée de « surmontement…de la pulsion qui contraint tout ce qui vit à s’accrocher à la vie »[17], par lequel Freud désigne le passage à l’acte suicidaire du mélancolique, précède l’élaboration de la pulsion de mort. D’où l’impossibilité de considérer in fine le suicide du sujet psychotique comme issu du domptage de la pulsion vitale.

Remarquons que le point crucial concernant la pulsion est finalement sa capacité à être domptée, en vue du bénéfice du sujet dans le cadre des injonctions civilisatrices[18], pour son maléfice quant à la faiblesse du moi se dévoilant dans la tendance suicidaire. Les pulsions sexuelles sont à dompter tels les chevaux que l’âme-cavalier platonicien doit conduire. Le pulsionnel qui signe le sujet est l’indomptable. Sauf que, entre le maniaque et le mélancolique, est le schizophrène dont la placidité suggère l’absence même de rênes qui donnent l’illusion de conduire la monture. Le narcissisme du psychotique met à mal les deux facteurs de remodelage des pulsions qui permet l’instauration du lien social[19], à savoir le besoin d’amour et la contrainte de l’éducation. Et, même si ce problème de la restriction de la pulsion sexuelle ne le concerne pas de la même façon que le névrosé, ces deux facteurs mettent en lumière ce qui défaille chez ce sujet, le rapport à l’Autre et la structuration identitaire qui en découle.


Lors d’une discussion sur le suicide ayant lieu en 1910, donc quatre ans avant l’introduction au narcissisme, Freud admet que le suicide est une victoire de la libido sur la pulsion de vie[20]. Lors de la discussion consécutive, Freud ajoute à cette détermination du suicide l’intermédiaire qu’est la réaction du moi[21] face à la victoire des pulsions sexuelles. Cet ajout jette déjà un éclairage tout différent sur cette détermination, le moi étant affaibli puis vaincu par la pulsion sexuelle. A côté de ce mécanisme est mise en question l’hypothèse d’un suicide qui proviendrait « exclusivement du moi ». Cette hypothèse peut être entendue, comme allusion à l’inversion extrême de la fonction du moi d’’autoconservation dans la pure culture de la pulsion de mort mise en œuvre dans la mélancolie. D’ailleurs, la mélancolie est dans la suite du texte la voie désignée comme celle qui peut donner accès au « complexe du suicide ». La mélancolie est à la fois une victoire de la libido d’objet et une maladie exclusive du moi. La schizophrénie, autre pathologie narcissique met en question autrement le retour de la libido sur le moi.


Qu’il s’agisse du terrassement de la pulsion de vie ou du déchaînement de la pulsion de mort dans la question du suicide, il s’agit toujours de pulsion, dans l’économie freudienne en tout cas. Mais si, d’une part, la pulsion de mort est au fond tout autre chose qu’une pulsion, la libido du moi étant par ailleurs indexée à l’angoisse de castration, et si, d’autre part, chez le sujet psychotique, l’existence de l’angoisse de castration semble remise en question, étant donné par ailleurs que l’édifice narcissique du psychotique est fragile et la pulsion sexuelle non passée au travers des mailles du fantasme, l’on peut se demander à quelles conditions la notion de pulsion peut être opérante lors de l’élaboration de la tentative de suicide chez le sujet psychotique.


C’est le délire des grandeurs qui, selon Freud, ouvre la voie au destin de la libido retirée du monde extérieur chez le psychotique[22]. De même, c’est au délire de petitesse que s’accroche la distinction de la mélancolie par rapport au deuil. L’investissement libidinal est selon Freud rapporté dans le moi. L’on peut s’interroger, d’abord, sur ce qui distingue en propre le délire comme critère clinique de la psychose, ensuite, a contrario, sur la possibilité théorique de sortir du narcissisme, l’objet étant toujours pris dans les rets de l’instance narcissique, en tant que moi imaginaire et dans la mesure où l’instance symbolique transindividuelle[23] conditionne ce registre imaginaire. Cette instance lacanienne introduit une notion d’extériorité toute particulière, au point que le système moi-objet s’en trouve considérablement modifié. Qu’est-ce que l’objet pour le sujet psychotique ?


C’est peut-être l’indexation de la psychose au délire qui permet de comprendre la formule freudienne selon laquelle « le suicide ne serait pas tant une conséquence qu’un substitut de la psychose, bien que les deux formes puissent bien entendu se combiner à un degré quelconque »[24]. Cet énoncé, lapidaire, met le suicide du côté de la psychose en tant que c’est la structure autre que la névrose : si l’on ne relève pas de l’un, on relève de l’autre. Il présuppose, d’abord, la distinction entre pulsions du moi et pulsions sexuelles, ensuite, l’alternative structurale entre névrose et psychose, deux présupposés que le texte freudien lui-même met déjà ultérieurement au travail, enfin, un savoir relatif au bien-connu et selon lequel le psychotique tend au suicide. Dire que la fragilité narcissique du psychotique, hors paranoïa, le rend d’ores et déjà étranger au monde et que le suicide est une conséquence du fait que quelque chose du monde l’a définitivement heurté[25] annule toute question. L’énoncé freudien ci-dessus peut être compris comme énonciation de l’alternative : délire ou suicide. A ce titre, l’on peut se demander s’il y a un rapport entre la tendance suicidaire et l’absence de manifestation délirante et si le passage à l’acte suicidaire chez un tel sujet se substitue au délire.


Lors d’une explication de la différence entre névrose et psychose, Lacan avance que « la psychose n’a pas de préhistoire »[26]. Cela peut s’entendre, comme nous y invite le contexte direct de cette affirmation, à ne pas considérer une étape infantile psychotique comme préalable au développement d’une psychose à l’âge adulte, au contraire de la névrose. Elle suggère également que le dernier mot de la psychose est moins à trouver dans des conditions historiques que dans une condition structurale, à savoir la forclusion du Nom-du-Père.

Toutefois, si être un enfant désiré veut dire que l’enfant est investi d’une valeur phallique par la mère, que cet investissement est le gage d’un rapport à l’exister moins vacillant dans ses fondements que si le sujet ne l’est pas, l’on peut se demander quels sont les rapports des déterminants du désir maternel, de la forclusion du Nom-du-Père et de l’actualisation de la possibilité suicidaire.





















1. Le recours à la fiction.

















Freud pointe dans Actuelles sur la guerre et la mort que le recours à la fiction permet à l’homme civilisé de miser sa vie sans dommage, par l’identification au héros du « monde de la fiction [Fiktion] »[27]. Par cette identification, le sujet meurt pour de faux. Le terme de fiction est ici employé au sens où par exemple il est employé dans la classification des œuvres audiovisuelles par opposition au documentaire, qui montre des « vrais » gens à qui il arrive des événements réels et non des personnages qui affrontent des péripéties narratives décidées librement par le dieu-auteur. Sauf que, et aussi dans le cas des œuvres audiovisuelles, la fiction irrigue le rapport du sujet à lui-même, pour tout sujet en rapport avec celui qui le regarde. Le rapport du sujet à la fiction met ainsi immédiatement en jeu le rapport au grand Autre.

L’homme dit civilisé peut ainsi, par ces identifications provisoires et multiples, se raconter des histoires qui, à la fois, le sauvent de la neutralité à laquelle la quotidienneté tend à ramener tout activité et le distraient de lui-même. Indépendamment de la question de savoir ce qu’il est fait des arts qui permettent ces identifications, ce qui importe est que le monde de la fiction, littéraire ou cinématographique par exemple, rend possible la mise en scène de soi, la mobilisation du fantasme d’un sujet[28] et donc de ce qui sous-tend son rapport à la vie désirante, de ce qui le fait persévérer dans son être en tant qu’il se projette dans le jour qui suit le jour présent. Il y a ainsi une équivalence posée entre la possibilité de la mise en jeu de la mort et la mise en jeu dans la vie, la première rendant possible la seconde.

Le fantasme conscient s’enracine dans l’inconscient, d’où « le sentiment d’un petit miracle, comme dans l’état de passion amoureuse lorsqu’il est partagé », et « la rupture provisoire d’une très ordinaire solitude » qui s’en suit, lorsque la fiction filmique d’un autre convient au fantasme propre du spectateur. Le fantasme conscient se distingue des autres productions de l’inconscient en tant qu’il est d’emblée « organisé en une histoire (ou un tableau) relativement cohérent »[29].

Le héros est traditionnellement celui qui traverse les enfers et réussit à retourner dans le monde des vivants. La formule caractéristique du héros par impulsion, et non par idéalisme, est « Y peut rien t’arriver» [30]. L’impulsion le rend insouciant du danger vital : le souci de soi disparaît. C’est bien parce que l’homme dit civilisé a le souci de lui-même que la figuration artificielle de la mise en danger de soi a un sens. Il y a un prix à payer dans cette aventure et il ne la paiera que par procuration. Le héros par impulsion et non par idéalisme est un héros sans cause, au sens de la cause freudienne ou de la cause du peuple, disons-le, un héros sans objet-cause. Le sujet psychotique qui réitère le geste suicidaire par impulsion est-il un tel héros sans cause ?


« Y peut rien t’arriver» semble en effet être la formule de l’existence de H., au sens où nulle traversée du danger n’est possible car nulle mise en danger de son existence n’a de sens pour lui. H. a pu dire qu’il a pensé à cette possibilité, voire à cette destination, des médicaments de son traitement dès l’instant où ils lui ont été prescrits. Il pense aux moyens de se suicider plusieurs fois par jour, il a déjà pensé se laisser mourir de froid dehors ou d’inanition dans la montagne, envisageant ainsi de laisser le pulsionnel s’éteindre de lui-même. Et lors de la prise fatale, il rangea les boîtes vides consciencieusement à leur place après en avoir extrait le contenu, comme pour effacer les traces de cette extraction, comme si rien n’allait être troublé dans l’ordre des boîtes, dans l’ordre des choses, dans l’ordre de la famille, comme s’il s’agissait d’un non événement. A 19 ans, il a déjà fait trois tentatives de suicide, dont l’une seulement cinq jours après sa sortie de l’hôpital à la suite d’une précédente tentative. H. se suicide par ennui ou par énervement. Un énervement, même a priori mineur, tel que le son trop fort de la télévision qu’écoutent ses parents dans la pièce à côté de leur maison de vacances, peut donner lieu à une prise massive de médicaments. Il est dans ce que l’on peut désigner comme « l’antipathie générale pour la vie », dont celui qui s’en trouve affecté peut passer à l’acte suicidaire après « un petit incident de la vie quotidienne »[31].

Un autre exemple d’une cause occasionnelle dont la banalité est extrême est que, peu après la reprise de ses cours de Mathématiques Spéciales, il prit un bus afin de rejoindre une maison de famille et la raison pour laquelle il se livre alors à une marche le conduisant en haut d’une falaise qui aurait pu et du être meurtrière est qu’il ne voulait pas attendre le bus. Ce voyage pathologique le conduit à tomber accidentellement d’une falaise. D’abord, il affirme être vraiment tombé, car l’endroit qu’il comptait choisir aurait été plus efficace, ensuite, il ne comprend pas que ce geste est un moyen radical et grave de mettre un terme à ces études dénuées de sens pour lui : il s’agit là d’un moyen comme un autre car on n’a aucune idée de ce qu’il y a après la mort. Mettre un terme à sa vie et changer d’études sont des actes nivelés.


Il ne peut rien lui arriver dans le passage à l’acte suicidaire car, déjà, il ne peut rien lui arriver dans la vie. Il manifeste en effet une absence totale d’intérêt pour la vie : il a toujours pensé que la vie était ennuyeuse et que, heureusement, il y avait la possibilité de mourir. Même lorsqu’il fait des choses qu’il estime intéressantes en elles-mêmes (regarder des films, lire de l’heroic fantasy, jouer à des jeux de stratégie sur ordinateur), il s’ennuie. Pour autant que l’ennui soit une Stimmung, tonalité affective, humeur, ou situation de l’esprit qui colore le rapport du sujet au monde[32], l’on peut dire que l’ennui est une modalité, primordiale en l’occurrence, de l’hébétude affective du schizophrène tel que le caractérise Freud[33]. Cette hébétude produit et est nourrie d’une indifférence à la vie comme la mort, dans un « à quoi bon » généralisé.

Cette indifférence au monde extérieur suggère l’étape logique primordiale du moi présentée par Freud comme indifférence du moi vis-à-vis du monde non encore posé comme extérieur, indifférence relativement à la satisfaction[34]. Le monde extérieur n’est pas « investi d’intérêt ».


La promesse des œuvres d’heroic fantasy[35]qu’il arrive à H. de lire, correspond au programme qui est censé être celui de la fiction pour l’homme civilisé, à savoir être le héros d’une vie digne de la fantaisie. La littérature de l’exploit héroïque offre un accès direct à l’être héroïque, sans transposition, sans métaphore, sans travail psychique, là où la littérature, y compris fantastique, qui s’enracine dans le quotidien travaille en direction de la sublimation du quotidien, de sa conservation et de l’entremêlement de l’extraordinaire et du banal, du fantasmatique et du réel[36]. Par conséquent, cette forme particulière de littérature, prisée fréquemment par les préadolescents et les férus des mondes virtuels, court-circuite le travail de l’imaginaire, donc le travail de la culture sur le fantasme. Le terme Phantaisie que l’on retrouve dans son intitulé est pourtant le terme freudien dont le fantasme est la traduction. Si l’on distingue le fantasme de la fantaisie freudienne, le premier étant la fixation imaginaire de la seconde considérée comme une activité psychique[37], l’on peut dire que l’heroic fantasy pétrifie l’activité imaginaire du lecteur, au même titre que le monde virtuel du jeu vidéo présente au joueur un monde déjà tout fait. Cette littérature plonge le lecteur dans un monde séparé de la réalité. Cette lecture accompagne ainsi « la prédilection pour l’imaginaire contre la réalité, et la tendance à se séparer de la réalité (autisme) », l’autisme étant l’un des symptômes fondamentaux de la schizophrénie selon Bleuler[38],

D’ailleurs, lors d’un bilan psychologique qu’a passé H. durant son avant-dernière hospitalisation, la psychologue a noté, outre une inhibition importante : productivité faible, verbalisation restreinte, floue et imprécise, participation émotionnelle très faible, une réactivité légèrement plus importante au test du Rorschach qu’au TAT, car il lui a paru moins facile de raconter des histoires que d’associer des idées à des images déjà constituées et cadrées en un tableau, celui d’une image à partir de laquelle il est demandé de produire des associations. Pour autant, nul fantasme n’est mobilisé par ces formes, seulement des bribes d’images.

La plongée dans les histoires de heroic fantasy est de l’ordre d’une immersion sans médiation qui laisse en l’occurrence peu de place à la mise en œuvre des ordres imaginaire et symbolique, qui décident de la symbolisation du réel primitif et de la construction d’un monde humain pour chaque sujet. H. reste collé à l’histoire lue. Elle ne lui permet pas de se conquérir lui-même davantage, ce qui est l’offre de la fiction.

La symbolisation du réel primitif exige en effet la mise en jeu de ces deux ordres, ce que permet Mélanie Klein au petit Dick par l’introduction de « la symbolisation du mythe oedipien »[39] dans le réel primitif de Dick. Le psychisme de H. souffre d’ailleurs d’un défaut de symbolisation primordiale : il affirme que s’il ne voyait pas son père pendant trois semaines, il ne le reconnaîtrait pas.

Il est conduit à adopter parfois, et depuis l’enfance déjà, des comportements de type autistique : il lui arrive régulièrement de s’enfermer dans sa chambre et de tourner en rond dans le noir, de sentir ses doudous. Il a fixé les dessins du tapis pendant toute l’heure de la séance chez la psychologue et lorsqu’il adresse son regard, ce qui est rare, il s’agit souvent d’un regard vide, ou d’un regard-ventouse. Déjà enfant, il déambulait souvent en rond autour de son frère, lorsqu’il lui parlait. Son père interprétait cette déambulation circulaire comme issue d’un besoin physique de se dépenser, ce qui évacue le registre psychique. D’ailleurs, son père a des questions opérationnelles à poser au psychiatre : que faire lorsqu’il tourne en rond dans sa chambre ?

Il ajoute, après la mention de ce souvenir, que c’est rétrospectivement que ce comportement était alertant, mais que tout s’est installé trop progressivement pour être remarqué. Ajoutons qu’il pense que H. ne pourra reprendre ses études de mathématiques que lorsqu’il sera capable de sortir de chez lui et surtout d’accepter des disfonctionnements de l’organisation, ce qui indique que son fils a absolument besoin d’une organisation figée et sans faille.

Ses gestes répétitifs sont produits par l’ennui, qui peut parfois être si fort qu’il a envie de se taper la tête contre les murs, a-t-il dit à la psychologue clinicienne de l’hôpital où il fut d’abord admis et qui lui fit passer des tests.

Cet affect massif, l’ennui, bien plus présent que l’angoisse chez H., est l’opposé d’une mise en jeu de soi dans sa vie. L’on peut dire de H. qu’il baigne littéralement dans un ennui mortel.

L’angoisse, à la différence de l’ennui, signe le rapport à un désir. H. ne fait jamais mention d’angoisse : son état balance seulement entre ennui et énervement. Nulle trace d’affrontement, même horrifique, à un objet de désir. A la place surviennent les idées noires. D’un autre côté, la pulsion semble au point mort chez H. Seule demeure l’impulsion qui le conduit à mettre un terme à sa vie. La pulsion vise par définition la satisfaction, ses ressorts sont, selon Lacan, à distinguer[40] de ceux de l’objet-cause du désir. L’on peut se demander si l’absence d’angoisse dans le discours de H. révèle l’absence de l’épreuve de l’angoisse ou seulement son absence dans le discours, dans le premier cas cela indiquerait l’absence d’objet-cause.

En l’occurrence, que penser des ressorts métapsychologiques des passages à l’acte de H. : ne lui reste-t-il que la poussée qui vise à mettre un terme à son impossibilité à trouver sa place dans le monde (y compris pour son corps, d’où le fait qu’il tourne en rond par exemple) ou l’impulsion est-elle d’un autre ordre que la pulsion ?


A l’opposé du rapport à la mort de H., mort qui n’est niée d’aucune manière, se présente L., qui, lui, souhaite expressément ne pas mourir.


L. s’est présenté à l’hôpital cinq mois plus tôt dès son retour d’un pays du sud où il était en vacances afin de se distraire d’une tristesse profonde. Lors de cette admission, il fit alors montre des symptômes déduits ainsi : état dépressif majeur avec idéation suicidaire, état qu’il exprimait par la formule suivante : j’avais peur de faire une bêtise. Le caractère ordinaire de cette dernière formule, le fait même de son énonciation, la désinvolture issue du rabaissement de la mise à mort de soi au registre infantile de la faute (la bêtise est le terme par lequel, par exemple, le petit Hans désigne sa phobie), pourraient laisser penser que nul risque de passage à l’acte n’était présent chez lui. D’ailleurs, dans l’échelle du risque suicidaire présentée dans un questionnaire destiné à évaluer ce risque et utilisé à l’hôpital, la planification constitue une majoration objective du facteur de risque. La planification est ici absente. Cependant, les symptômes observés (angoisse majeure avec tremblement, rumination anxieuse, tristesse, perte d’espoir, et, secondairement, perte de plaisir, d’envie et d’appétit, trouble de la concentration) sont sérieux et font suite à un symptôme dépressif qui dure depuis un an et qui est soigné depuis lors par antidépresseurs.

Il semble à première vue que cette énonciation, en tant qu’elle est adressée à l’administration compétente, donc à l’Autre sous la forme institutionnelle, confirme la réalité de l’appel à l’aide et conséquemment le souhait de continuer à vivre, l’accroche à la vie, bref une révolte de l’autoconservation. Ce souhait est déjà induit par l’urgence avec laquelle il se précipite à l’hôpital dès son retour de vacances. Car il a alors constaté l’inefficacité de la diversion géographique, confirmant par là que le détour par l’ailleurs ou l’Autre chose n’empêche pas de demeurer avec soi-même. Nous reviendrons à ce qui s’est précipité, presque au sens chimique, quelques mois avant les vacances que L. croyait prendre d’avec lui-même.

L. est à l’opposé de l’état d’anesthésie généralisée de H. Il pourrait en effet arriver quelque chose à L. : il pourrait lui arriver de ne plus supporter l’angoisse et de vouloir en finir avec elle, elle qui l’accompagne puissamment depuis un an et de manière récurrente selon sa sœur (elle témoigne d’une baisse de l’humeur et d’une majoration de l’anxiété une fois par an), Sa fréquentation de l’angoisse est confirmée dans la définition qu’il donne de lui-même : Je suis le roi de la panique. En l’occurrence, il n’en est plus le roi mais bien plutôt le sujet et sent qu’il en perd la régulation.

A ce moment de son existence, et à l’inverse du « flirt américain dans lequel il est établi d’emblée que rien n’a le doit de se passer »[41], L. flirte avec la mort ou « mise suprême » et son recours précipité à l’Autre dès son retour de vacances montre que ce flirt a pris une tournure plus sérieuse, qui met en jeu la vie, et qu’il demande qu’on l’empêche de se suicider.


L’entretien de L. avec le psychiatre fait l’effet d’une tornade. Il ne cesse de parler, rapidement et avec exaltation, il se lève afin de prendre diverses postures, se montre constamment charmeur ou désarmé, dans tous les cas au bord de l’émotion. Vêtu d’une mise élégante de vêtements qui ne le sont pas, doté d’un postiche capillaire, L., à la question de savoir si la présence d’une stagiaire psychologue ne le dérange pas pendant l’entretien, répond avec un plaisir évident au contraire, annonçant par cette formule, jamais entendue depuis dans la bouche d’aucun autre patient, le plaisir de se donner à voir[42] et l’investissement narcissique qui semble le caractériser. Durant tout l’entretien est instaurée une sorte de séduction qu’il tente d’entreprendre sans l’avoir prémédité sur le psychiatre et moi-même. Par exemple il donne son âge, 63 ans, en se tournant vers moi, avec un sourire d’une coquetterie prononcée, d’un air de dire qu’évidemment il ne les fait pas.

L’entretien avec le psychiatre a une coloration presque comique. En effet, L., d’origine étrangère mais depuis longtemps installé en France, parle un français dont l’usage est parfois approximatif : ses phrases sont hachées, certains mots sont employés à mauvais escient, mais pas au sens d’Un mot pour un autre de Jean Tardieu, et le sens de la phrase reste parfaitement devinable. En tout cas il reste devinable pour l’observateur auquel le discours du patient s’adresse accessoirement, car deux personnes constituent un public. Mais, très souvent, le psychiatre, lui, n’entend pas mieux le patient que le patient ne l’entend, il est embarqué dans les effets sur la langue de l’excitation de L., qu’il transmet incidemment. Conséquemment, l’échange de paroles entre les deux emprunte ainsi le plus souvent les chemins du malentendu et du dialogue de sourds : l’un et l’autre se comprenant mal, ils se répondent presque toujours à côté de la question de l’un et de l‘autre, ce qui n’empêche pas le dialogue de se poursuivre. Ce n’est pas que l’un ne comprenne pas la langue de l’autre : la signification du vouloir-dire est parfaitement claire pour l’observateur étranger, à défaut de celle de tous des mots, c’est bien plutôt que le dialogue qui s’instaure est infiltré par une tonalité maniaque, qui produit un certain flou au sein de l’échange lui-même[43].


Détourner son intérêt « du monde extérieur (personnes et choses) »[44] est ce qui soustrait, selon Freud, le sujet psychotique à l’influence de la psychanalyse, car ce détournement implique un retrait de la libido vers le narcissisme.

D’abord, cet énoncé suppose que l’analyste appartienne au monde extérieur du patient. Cet argument est ainsi l’effet de la conception traditionnelle du rapport du sujet clos sur lui-même au monde. Or les prolongements philosophiques de la théorisation de l’intentionnalité, jusqu'à la conception du sujet de l’inconscient qui transcende l’unification moïque, remettent en cause cette conception cartésienne et solipsiste de l’individu comme pilote d’un corps transcendant au monde extérieur. Ensuite, cet énoncé suppose un narcissisme établi. Or, peuvent demeurer investis par le sujet des éléments d’identification imaginaire par lesquels le transfert du psychotique au thérapeute reste possible. Par exemple, tel patient écartelé d’un point de vue moïque de telle sorte qu’il consulte jusqu’à quatre thérapeutes de diverses formations et techniques par semaine, dit au psychiatre qu’il a pensé à lui comme à une version de lui-même en plus fort, d’une stature plus carrée, à une version de lui-même en plus solide : le moi fermé qu’incarne l’image corporelle du psychiatre soutient le patient et est le lieu d’une projection massive d’agressivité et de séduction alternée d’une phrase à l’autre, au cours de cet entretien où le regard est violemment et constamment collé à celui de l’autre. Le transfert imaginaire est ici possible.


L., quant à lui, prend possession du moment et du lieu de la séance et l’utilise à des fins de démonstration de la fiction qui le soutient.


Dans les phases maniaques de son existence, ainsi que de manière intermittente pendant l’entretien, L. manifeste de toutes les façons possibles qu’il mise quelque chose de sa vie « dans les jeux de la vie »[45]. Cette « expsansivité thymique »[46], caractéristique du sujet maniaque, et qui produit un agrandissement du domaine du moi, peut dévoiler des éléments de ce qui organise l’existence du sujet, à savoir une sorte d’« opération maniaque »[47].

En l’occurrence, la mise en jeu de L. dans son existence se signe du fait qu’il se raconte des histoires. L. se raconte des histoires à même son corps, et cette fiction a des ramifications bien réelles dans le monde extérieur.


Le corps de L. doit en effet être le lieu d’une performance. Par exemple, au cours d’une hospitalisation antérieure, il assure qu’il va mieux du fait du traitement mais n’est qu’à 30% de lui-même, ce qui indique qu’il vise une maximisation de ce que peut son corps. Ce constat sur soi indique tout autant le penchant maniaque que le refus de l’état dépressif, au-delà de la visée d’un idéal de santé qu’il se serait approprié.

Car il prend grand soin de son corps, de ce qui y entre, de sa position et de ses postures, au sens physique comme au sens de ce qui est factice, de ses puissances, et de son immortalité. Il met en œuvre une alimentation saine, s’inquiète des effets des quelques cigarettes qu’il fume chaque jour, se réjouit d’entendre le psychiatre confirmer que les cigarettes aident à lutter contre Alzheimer et parle pendant les ¾ de l’entretien des effets divers et variés des médicaments qui y entrent chaque jour. Il déclare finalement à ce propos qu’il ne désire pas particulièrement en prendre, ce qui indique à la fois une fétichisation, assez commune chez les patients du CMP, de ses médicaments, et une occultation de sa pathologie psychique. Bref, il met en acte une croyance en son corps. Comme tout le monde, il croit en son immortalité mais sur un mode bien singulier :

L. est coquet de multiples façons. Il l’est au sens ordinaire : par l’attention portée à sa mise, de l’effet que son image a sur l’autre. Il l’est au sens de Simmel[48], la coquette étant celle qui se donne en se refusant, ce que symbolise la position de son corps assis, jambes hautement croisées, qui montrent tout en cachant. Il l’est aussi au sens de l’identification imaginaire à un être féminin. Le fait de se parer du faussement féminin est le grain de vérité qui unifie le délire de L.

L. s’y connaît en effet singulièrement en travestissement : ce n’est pas seulement qu’il semble porter un postiche capillaire, qu’il appartient à la catégorie des hommes féminins sinon efféminés, c’est surtout qu’il est coiffeur, possède deux salons de coiffure, et travaille comme perruquier, avant tout pour des travestis et des transformistes. Il possède ainsi l’art de la transformation, notamment en femme, en la femme hyper-phallique qu’est l’homme parodiant la femme[49]. L’investissement narcissique de L. passe par la recréation de son corps : corps féminisé, corps saisi et travaillé comme chair musculaire, corps identifié au phallus imaginaire[50] qui désigne la fonction à laquelle peut s’identifier l’enfant pour la mère et la femme pour l’homme.

Premièrement, les attributs féminins et l’investissement de sa propre chair traversent l’existence de L. depuis longtemps, et explosent lorsqu’il n’est pas accablé d’humeur sombre, ce en quoi l’on peut considérer qu’il s’agit là d’un « enthousiasme en quelque sorte chronicisé »[51]. Deuxièmement, le recours au faux (faux cheveux-fausse posture au sens de la voix de fausset-faux inventeur-faux corps) constitue L. en un personnage de fiction. Il produit un arraisonnement cosmétique et, en ce sens, il s’efforce de symboliser le réel inassimilable du corps. Le terme de cosmétique a la même racine que le mot « monde », mais, au sens de la distinction lacanienne de la scène et du monde, c’est bien une scène qu’il tente de créer.

Le premier élément qui donne un sens singulier à ce qui, du souci de ce qui entre dans son corps, ne pourrait relever que d’un souci d’orthodoxie hygiéniste, est qu’il étudie les muscles de son corps depuis des années. Pour preuve, il nous désigne, avec ses petits doigts courtauds mais aux ongles manucurés, un muscle de cinq centimètres sur son bras, un parmi tous ceux qu’il se fabrique, et d’abord imaginairement, sur un mode presque hypochondriaque, mais sans douleur. Il se produit une érogénéité musculaire généralisée.


Le second élément significatif est qu’il a inventé rien moins que 250 postures d’un sport de sa création. Ce sport est d’ailleurs destiné à améliorer l’espérance de vie. Sa pratique exige habituellement le maniement, remarquons-le, d’une longue baguette, dont le défaut pendant l’entretien n’empêche pas L., désinhibé, de s’empresser de nous démontrer avec un plaisir certain quelques unes des postures de son cru, jambes pliées et écartées, bras tendus, le regard adressé à nous. C’est la fête du moi[52]. L’idéal du moi s’est retiré.

Le néologisme qui donne son nom à ce nouveau sport, nom prononcé Tchaï King, est le résultat de la condensation, donc du travestissement, de deux autres sports dont les phonèmes sont déjà connus : le Qi Gong (phonétiquement Tchi Kong) et le Tai Chi (phonétiquement Taï Chi). Il s’agit d’une condensation phonétique, digne des processus du rêve à l’analyse desquels Freud rapporte en 1907 l’analyse du délire[53]. La fiction à laquelle recourt L. relève en effet de la formation délirante car le terme de Tchaï-King appartient au registre des « fictions devenues conscientes sous forme de délire »[54] issu d'un épisode maniaque. Le terme de fiction traduit en l’occurrence le mot Dichtung dont le sens allégorique est la fiction et dont le sens littéral est la poésie. Ce terme est gros des procédés spécifiques du travail du rêve et de la logique signifiante de l’inconscient, auxquels la psychanalyse donne un statut épistémologique. Freud pointe en l’occurrence l’analogie entre ces fictions et les « fantaisies inconscientes de hystériques ». Cette analogie subordonne l’intelligibilité du symptôme psychotique à celle du symptôme névrotique[55].

Quelque chose du sujet inconscient se dit par exemple dans l’hallucination auditive du signifiant « Truie »[56] : quelque chose du morcellement du corps vécu par le sujet paranoïaque parvient à se dire du dehors. Tchaï-King appartient-il au même registre ? Il ne semble pas avoir relever du même mécanisme que l’usage par tel autre patient de l’expression culture générale, dont le défaut en lui vient de lui être signifié par un jury, et lui barrer l’accès à un concours auquel il semble tenir, celui de la Mairie de Paris, le laissant désabusé : son discours, énervé, dérive de la culture générale à la culture-colonel puis à la culture-sergent, d’un air de dire je t’en foutrai moi, de mon manque de culture générale. Il justifie son refus de ce jugement de l’Autre par les faits d’armes suivants : je suis poète, j’ai fait des disques, j’ai monté des sociétés. De même, de sa tête chevelue dont il affirme que le psychiatre doit la trouver hirsute, il dit : c’est tiré par les cheveux, comme le mariage homosexuel, dont il était question alors dans l’actualité. Le coq-à-l’âne témoigne « assez directement de la même carence [la carence phallique] » [57]. Le signifiant se laisse ici glisser le long de la chaîne signifiante selon « le processus primaire psychique » [58] comme l’indique Freud en ce qui regarde la schizophrénie : la relation de chose est éliminée du discours.

La caractérisation du sujet comme psychotique se signe du fait qu’il n’est pas divisé par des motions pulsionnelles inconscientes, division qui produit des faux-pas relevant de l’interprétation signifiante, ou de l’équivoque, tel un lapsus. L’on ne peut donc livrer le nom de ce sport à l’interprétation du symptôme conçu comme « traduction symbolique de…pensées pénibles »[59], ce qui convient par exemple au traitement intellectuel de l’alleinstehen D’Elisabeth Von R…[60], du « coup au coeur » de Cécilie M.[61], du renoncement à la parole[62] ou du faux-pas[63] de Dora. Il ne semble pas pour autant pouvoir être réduit aux néologismes sans rime ni raison propres aux états maniaques : « …où de nouveaux mots se créent par assonances, sans avoir pour le malade aucune signification, et résultant aussi de la rapidité extrême des associations d’idées, des représentations mentales variées, se succédant comme les images d’un kaléidoscope »[64], en d’autres termes, à un signifiant vide. Rien n’indique que le nom de ce sport puisse se laisser enfermer dans une quelconque relation de compréhension[65]. L’on peut juste entendre dans ce néologisme l’insistance du signifiant roi-King (je suis le roi de la panique) dans le discours de L., à la faveur d’un remplacement des voyelles du Tchi Kong par celles du Taï Chi. Tchi Kong conserve sa structure et d’autres voyelles se coulent en elle afin de donner lieu à la création du Tchaï King. Le néologisme de L. dévoile la signification, pour le sujet, d’une sorte de triomphe sur le corps et de ce qu’il tient à en faire : il veut être le roi/la reine de son corps. Il prend place au sens d’un travail du corps dans de multiples directions qui indique quelque chose de la recherche d’une fixation de jouissance de la part du sujet psychotique. Le signifiant Tchaï King vient couronner le travail imaginaire sur la chair de L., fiction passée dans le réel, centrée sur la féminisation et qui lui permet de tenir à sa vie, donc de reculer devant le risque suicidaire impliqué par le retour de la mélancolie.


























[1] Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, le 5 décembre 1956, Lacan, Seuil, 1994, p. 48. [2] « Pour le respect d’une période de réveil psychologique des suicidants », Guillaume Vaiva, in Clinique du suicide, sous la direction de Geneviève Morel, Erès, 2010. [3] Toutes les citations en italiques retranscrivent des paroles vives. [4] Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, le 5 décembre 1956, Lacan, Seuil, 1994, p. 46 : « Le Es est ce qui, dans le sujet, est susceptible, par l’intermédiaire du message de l’Autre, de devenir Je ». [5] Il reste que la Bejahung est toujours plus ou moins défaillante, qu’elle comporte toutes sortes d’«accidents » et que « c’est avec ce qui reste que le sujet se compose un monde », Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, Lacan, 11 janvier 1956, Seuil, 1981, p. 96. [6] Discussion sur le suicide dans l’enfance, Les premiers psychanalystes, Séance du 20 avril 1910, Gallimard, tome II, 1970, p. 480. [7] Par exemple : les conséquences théoriques de la distinction des pulsions du moi et des pulsions sexuelles sont si éloignées « des problèmes que pose notre observation » qu’elles ne valent pas la peine que l’on prenne parti à leur sujet, Pour introduire le narcissisme, 1914, in La vie sexuelle, PUF, 1997, p. 86. [8]La femme dans les textes de Freud, Galilée, 1980. [9] Nous ne voulons pas, par cette référence, intégrer ce travail dans celle de la phénoménologie de la Daseinanalyse. [10]Les concepts fondamentaux de la métaphysique, Heidegger, Gallimard, 1992. [11]L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Freud, 1937, in Résultats, idées, problèmes, II, PUF, 1985, p. 266 à 268. [12]The Hour, Stephen Daldry, 2003. [13] Par exemple, dans Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine, 1920, in Névrose, psychose et perversion, PUF, 1997, p. 266, à propos des conséquences chez ce sujet de la désillusion causée par l’enfant donné par le père à la mère : «…nous ne savons jamais d’avance lesquels de ces facteurs déterminants se montreront les plus faibles ou les plus forts », c’est pourquoi l’on ne peut pas déduire les effets des causes, mais seulement certaines causes des effets. [14] La réserve de la libido est d’abord identifiée à la libido du moi, par exemple, dans l’ajout de 1920 aux Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905, OC VI, PUF, 2006, p. 156, puis identifiée au ça, Le moi et le ça, 1922, OC XVI, PUF, 1991, note 1, p. 274. [15]La perte de la réalité dans la névrose et la psychose, 1924, Névrose, psychose et perversion, 1997, Seuil, p. 301. [16] Ibid, p. 300. [17]Deuil et mélancolie, Freud, 1915, OC XIII, PUF, 1988, p. 266. [18]L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Freud, 1937, in Résultats, idées, problèmes, II, PUF, 1985, p. 245. [19]Actuelles sur la guerre et la mort, Freud, 1915, OC XIII, 1988, p. 137. [20] Discussion sur le suicide dans l’enfance, Les premiers psychanalystes, Séance du 20 avril 1910, Gallimard, tome II, 1970, p. 481. [21] Ibid., p. 491. [22]Pour introduire le narcissisme, 1914, in La vie sexuelle, PUF, 1997, p. 82. [23] Le « jeu des signifiants…est animé dans chaque partie particulière par toute l’histoire de l’ascendance des autres réels que la dénomination des Autres signifiants implique dans la contemporaineté du Sujet », D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, 1956, in Ecrits, Seuil, 1966, p. 551. [24] Discussion sur le suicide dans l’enfance, Les premiers psychanalystes, Séance du 20 avril 1910, Gallimard, tome II, 1970, p. 482. [25]La perte de la réalité dans la névrose et la psychose, 1924, Névrose, psychose et perversion, 1997, Seuil, p. 301 : « …la psychose…crée une nouvelle réalité à laquelle, à la différence de celle qui est abandonnée, on ne se heurte pas ». [26] Le séminaire, Livre III, Les Psychoses, 11 janvier 1956, Seuil, 1981, p. 100. [27]Actuelles sur la guerre et la mort, Freud, 1915, OC XIII, PUF, 1988, p. 147. [28] Le fantasme peut être posé « comme la base de la vie psychique, nourrie qu’elle est d’un déficit structurel et/ou conjoncturel de Befriedigung », Leçons psychanalytiques sur le fantasme, Paul-Laurent Assoun, Anthropos, 2010, p. 12. [29]Le signifiant imaginaire, Christian Metz, 1973, Christian Bourgois, 1993, p. 161 et 167. Un tel tableau est par exemple celui de « Lotte en train de pouponner en enfant », qui plonge Werther dans l’amour, Le séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Lacan, 31 mars 1954, Seuil, 1975, p. 163. [30]Actuelles sur la guerre et la mort, Freud, 1915, OC XIII, PUF, 1988, p. 153. [31]Les premiers psychanalystes, Minutes de la société psychanalytique de Vienne, tome II, 20 avril 1910, Gallimard, 1976, p. 487. [32]L’énigme de la manie, Paul-Laurent Assoun, Arkhê, 2010, p. 28. En l’occurrence, cette situation de l’esprit n’est pas momentanée mais quasi-constante. [33]Névrose et psychose, 1924, Névrose, psychose et perversion, 1997, Seuil, p. 285. [34]Pulsions et destins de pulsions, Freud, 1915, OC XIII, PUF, 1994, p. 182. [35] Il s’agit d'œuvres centrées sur des aventures héroïques dans des mondes imaginaires, par exemple dans un monde pseudo-médiéval. Le personnage est l’élément clé de l'intrigue épique, parfois aux dépens du monde qui l'entoure, ou des personnages secondaires peu développés. Il est souvent solitaire, sans attaches : le monde crée par cette littérature, sous-genre de la littérature dite fantastique, est absorbé par le moi héroïque. [36] C’est ce qui explique le succès retentissant des œuvres de Stephen King, qui partent pour la plupart du quotidien et de l’humain les plus proches. [37] «Je situerais…la différence entre « fantasme » et « fantaisie » dans cet arrêt du mouvement, dans une pétrification imaginaire », « Objets de l’identification », Joseph Ludin, in L’objet, la réalité, 2008, APF, PUF, p.77. [38] Cité par Thierry Vincent dans La psychose freudienne, Arcanes, 1995, p. 43. [39] Le séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Lacan, 24 février 1954, Seuil, 1975, p. 100. [40] « La distance, la non-coïncidence de ce manque [celui de la satisfaction] avec la fonction du désir en acte, structuré par le fantasme et par la vacillation du sujet dans son rapport à l’objet partiel, c’est là ce qui crée l’angoisse, et l’angoisse est seule à viser la vérité de ce manque », Le séminaire, Livre X, L’angoisse, Lacan, 15 mai 1963, Seuil, 2004, p. 266. [41]Actuelles sur la guerre et la mort, Freud, 1915 OC XIII, PUF, 1988, p. 146. [42] Le séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Lacan, 6 février 1957, Seuil, 1994, p. 167. [43] Son discours n’a pourtant rien de la schizophasie manifeste chez certains schizophrènes, tel « Mon sort est de t’emmitoufler si vous êtes le benêt que je vois que vous fûtes », rapporté par La forclusion du Nom-du-Père, Jean-Claude Maleval, Seuil, 2000, p. 222. [44]Pour introduire le narcissisme, Freud, 1914, in La vie sexuelle, PUF, 1997, p. 82. [45]Actuelles sur la guerre et la mort, Freud, 1915 OC XIII, PUF, 1988, p. 146. [46]Manuel de psychiatrie clinique et psychopathologique de l’adulte, sous la direction de Vassilis Kapsambelis, PUF, 2012, p. 543. [47]L’énigme de la manie, Paul-Laurent Assoun, Arkhê, 2010, p. 12. [48] Georg Simmel, Philosophie de l’amour, Rivages, 1988. [49] Cette parodie révélant la parodie qu’est le genre, Trouble dans le genre, Judith Butler, 1990, La découverte, 2005, p. 261. [50] Le séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Lacan, 6 février 1957, Seuil, 1994, p. 166. [51]L’énigme de la manie, Paul-Laurent Assoun, Arkhê, 2010, p. 12. [52]Psychologie des masses et analyse du moi, Freud, 1921, OC XVI, PUF, 1991, p. 24. [53]Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen, Freud, Gallimard, 1949, p. 201. [54]Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses, Freud, 1905, OC VI, 2006, p. 313. [55] « L’étiologie commune, pour l’éclatement d’une psychonévrose ou d’une psychose, demeure toujours la frustration, le non-accomplissement d’un de ces désirs infantiles éternellement indomptés », Névrose et psychose, Freud, 1924, in Névrose, psychose et perversion, PUF, 1997, p. 285. [56] Le séminaire, Livre III, Les Psychoses, Lacan, 7 décembre 1955, Seuil, 1981, p. 64. [57]La forclusion du Nom-du-Père, Jean-Claude Maleval, Seuil, 2000, p. 221. [58]L’inconscient, Freud, 1915, OC XIII, 1988, p. 239. [59]Etudes sur l’hystérie, Freud, Breuer, 1895, PUF, 1956, p. 121. [60] Ibid, p. 120. [61] Ibid, p.144. [62]Fragment d’une analyse d’hystérie, Freud, OC VI, PUF, 2006, p. 220. [63] Ibid, p. 282. [64]Les Troubles du langage chez les aliénés, Jules Séglas, cité par Jean-Claude Maleval dans La forclusion du Nom-du-Père, Seuil, 2000, p. 181. [65] Le séminaire, Livre III, Les Psychoses, Lacan, 16 novembre 1955, Seuil, 1981, p. 14.

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