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L'identification ou la naissance du sujet comme introduction du rien comme tel.

SEMINAIRE IX L’identification.

CHAP 13 A 20.

CARTEL DU 8 FEVRIER 2012.


Ce qui m’intéresse ici est comment se constitue l’objet a, l’objet du désir (pas appelé objet-cause du désir encore). Lacan donne les repères de cet objet par rapport à la relation imaginaire (il est en position tierce par rapport à ce niveau SIX193) et par rapport à ce que nous avons identifié comme relevant du réel (il efface tout de la Chose SIX212).

Il faudrait ainsi réunir l’Ethique de la psychanalyse (la Chose) et La signification du phallus/Le graphe du SV (la dialectique de la demande et du désir) afin d’articuler ce que nous avons déjà abordé et ce qu’il ya de nouveau ici. Je vise à long terme l’élucidation du rapport entre le trait unaire et l’objet a : le trait unaire est-il le versant signifiant (le trait unaire est la marque du signifiant SIX214) de l’objet a, qui relève du réel ?

Derrière cette question se trouve notre objet commun, le réel, pour la première fois doté d’une majuscule (SIX198). Car le trait unaire est ce qui apparaît dans le réel (SIX182) : « dans le réel » ici est-il la même formulation que « dans le réel » de l’hallucination ? Deuxième formulation que l’on peut repérer dans D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose (Ecrits 535, note) : le signifiant se déchaîne dans le réel, il apparaît comme chaîne brisée (TRUIE), ce qui n’est pas spécifique de la psychose, car Lacan donne alors comme exemple d’irruption du signifiant dans le réel sous forme de chaîne brisée la « paix du soir », dont nous avons déjà parlé.

Le trait unaire est ainsi ce qui apparaît dans le réel (SIX182) mais pas comme chaîne brisée, puisque c’est un un qui efface la Chose.

La Chose relève du réel primitif ou réel tout simple, non troué par le symbolique (SI297 : diamant, et SVII65 : le Chose est ce qui, de l’Autre, est de sa nature étranger). La chose est ce dont la jouissance est visée et mise à distance par le principe de plaisir, la jouissance relève ainsi du réel en tant qu’il insiste dans le désir comme son objet. Cette idée est reprise dans ce séminaire de la façon suivante : le vide inclus dans la demande qui est au-delà du principe de plaisir (SIX220).

Ce qui insiste dans la répétition éternelle est une chaîne signifiante (SVII) et ce qui constitue le fond attractif de cette chaîne est la Chose interdite. L’hallucination auditive présente une chaîne signifiante brisée. Le trait unaire est l’apparition du signifiant dans le réel sous la forme d’un un qui est l’introduction de la différence comme telle dans le réel (SIX58) (à distinguer de la différence relative d’un signifiant à un autre). Ce un n’est pas l’unité unifiante du cercle (SIX136), cercle sur lequel les entrelacs peuvent être réduits à un point, donc à une identité. D’où le recours à la topologie du tore.

Il semble qu’il y ait conjonction de la naissance du sujet et de l’inscription du signifiant dans le réel comme trait unaire (SIX155). Comme le trait unaire est ce qui efface la Chose, centre extime du désir en tant que son objet est interdit, l’on peut penser que la naissance du sujet est corrélative de la constitution de l’objet a. D’où la référence à Wo es war, soll Ich werden (SIX212).

Il n’y aurait pas le sujet d’un côté, l’objet du désir de l’autre : le sujet inconscient est, en tant que sujet de la pulsion (SIX220 : la pulsion est constituée par la répétition éternelle de la demande dont chute le désir) est tout entier défini par l’objet de son désir. Ce qui fait que, dans la cure, faire le tout de l’objet a revient à faire le tour du sujet inconscient.

Mais comme la topologie du tore évite la représentation liée à la sphère de la logique classique, qui suppose que A = A, il nous faut tenir ensemble les deux éléments : d’une part, la naissance du sujet, qui est l’identification au trait unaire, est derechef la constitution de l’objet a, d’autre part, cette identification et cet objet du désir ne constituent pas une unité au sens de l’identité. Ce qui semble vouloir dire qu’il n’y a pas, au terme de l’analyse, un « Tu es ceci ».

C’est ce que résume la phrase suivante : « …l’objet du désir ne se constitue que dans le rapport à l’Autre, en tant que lui-même s’origine de la valeur du trait unaire » (SIX214). Et ce rapport à l’Autre est commenté autrement à la page suivante, comme ceci : « l’objet du désir » est inclus « dans ce rapport à l’Autre en tant qu’il implique la marque du signifiant comme tel ».

La marque du signifiant comme tel équivaut ainsi à l’apparition du trait unaire. L’on retrouve ici le caractère absolu du signifiant qu’est le trait unaire par rapport à d’autres signifiants, toujours relatifs à d’autres.

La différence entre le trait unaire et un signifiant parmi d’autres est la suivante : le signifiant signifie auprès d’un autre signifiant le sujet en tant que rien (SIX199). Le sujet est le rien car le sujet introduit le rien comme tel (SIX213). Le trait unaire est ainsi la naissance du sujet qui est l’introduction du rien comme tel.

Afin de comprendre cette notion du rien, que Lacan distingue de la négation logique/symbolique (non-être/ce qui ne peut pas être d’un point de vue logique), de la négation imaginaire (ce qui ne peut exister, une chimère), d’un objet vide sans concept (SIX214), il nous faut passer par le rapport de la demande et du désir articulé ici par Lacan, au moyen de la reprise du graphe (SIX197/198). C’est ce passage (SIX197/198) que j’essaie de comprendre.

En effet, au cours de cette reprise se trouvent articulés le Réel (majuscule), le trait unaire, l’objet du désir. Le graphe, nous dit ici Lacan, a été forgé dans la visée de la différence entre le message et la question. Le message obtenu à la demande à l’Autre de répondre est une alternance « entre le rien peut-être et le peut-être rien ». Cette alternance correspond à « l’entrée d’un sujet dans le Réel » et à « une attente dans la situation constituante du désir », attente à laquelle peut répondre une place pour le trait unaire.

Le trait unaire peut donc répondre au désir, en tant qu’il est le vecteur de l’identification. Nous sommes donc ici dans une élaboration antérieure logiquement à l’identification au trait unaire, élaboration qui permet de le situer par rapport à l’objet du désir, par rapport à la dialectique de la demande, et qui permet de définir la naissance du sujet.

La définition du sujet ne peut faire l’économie de l’Autre, c’est tout le sens de la pensée lacanienne, répétée jusqu’à la saturation, car tout découle du rapport à l’Autre : la fonction identificatrice dépend de la dialectique de la demande (SV338), le signifiant est d’abord fait pour exprimer une demande (SV86).

La naissance du sujet se définit comme la préservation de la possibilité du rien, ce qui est appelé une béance 5SIX199), préservation qui est apparentée à la différence comme telle qu’est l’identité non unificatrice apportée par le trait unaire.

Afin de revenir à la différence entre le message et la question, reprenons ce à quoi se suspend la béance qui est tout aussi bien l’apparition du signifiant (SIX199), à savoir l’alternance ou balancement du message « en une suite de retours entre le rien peut-être et le peut-être rien ». (SIX198).

Dans l’analyse du trait d’esprit du SV, l’on trouve également un balancement entre deux termes, entre « famillionnaire » (le message) et « familier » (au niveau du code) (SV53/55). Ce balancement est l’explication dynamique du collapsus de signifiants (SV51) qui définit le trait d’esprit et crée la signification nouvelle, irréductible à un seul sens.

Le message se balade entre « famillionnaire » et « familier » et la question est tout autre que ce message : « la question famille » (SIX199) fait irruption dans le message qui arpente « le chemin où nous sommes appelés à la vérité » (SIX199). Le terme « famille » est défini dans le SV (55) comme « ce qui est refoulé au niveau de la formation métaphorique » du trait d’esprit. Le refoulé est ainsi mis en relation avec la vérité et l’énonciation (SIX199), à distinguer de l’énoncé (le message). La question est la question du désir (inconscient).

Le trait d’esprit qu’est le « famillionnaire » signifie selon Lacan l’impasse des rapports humains, à savoir que nul désir ne peut être reçu par l’Autre sans réfraction / échange / refus. C’est constitutif du processus de la demande (SV67) et c’est repris dans le SIX(192) : s’il y a demande, il y a Versagung (dédit-frustration).

Quel est le rapport de ce dédit et de la préservation du rien ?

De même, l’on peut se demander si le pas-de-sens (SV98) authentifié par l’Autre dans le trait d’esprit et qui sous-tend la fonction métonymique en tant qu’elle est une interrogation de la valeur comme telle a aussi à voir avec la négation particulière que Lacan cherche à nous faire saisir dans le SIX. La valeur dont il est question serait celle du sujet.

Est-ce que le balancement entre le rien peut-être et le peut-être rien constitue la frustration structurale de la parole intersubjective ? Si ce balancement constitue une béance « incarnée dans le passage du signe au signifiant » (SIX199) et si on peut penser que ce passage est la naissance du sujet/la possibilité de l’identification au trait unaire, alors il est remarquable que ce balancement se trouve spécifié comme ce qui ouvre « l’entrée d’un sujet dans le Réel » (SIX198) et non l’entrée d’un sujet dans le symbolique, par exemple.

En cela nous est rappelée l’idée de Kong (cartel du 04/10/2011) selon laquelle le réel serait l’espace vide qui serait la possibilité de la négation. Car nous retrouvons ici l’idée d’un en-deçà, pas seulement de l’énoncé, mais de la possibilité de l’énonciation : « Seule l’éventualité du Réel permet de déterminer quelque chose, et la nomination du néant de la pure subsistance de la question, voilà ce à quoi, au niveau de la question elle-même, nous avons affaire » (SIX199).

Le sujet en tant qu’il est la question (question de la vérité de son désir- question de ce qui est refoulé) de sa valeur, donc de sa valeur phallique (Lacan rappelle souvent à quel point est crucial le désir qui préexiste à la naissance), peut être confronté au rien (c’est la nomination du néant) et c’est ce qui rend possible le désir (il s’agit d’une attente dans la situation constituante du désir) (SIX198). Le Réel est ici corrélatif de ce qui rend possible le sujet, tout comme le réel primitif/tout simple précéderait logiquement le trouage du réel par le symbolique qui constitue le rapport du sujet au monde (SI297).

Mais est-ce dans le même sens ? Le Réel est qualifié d’éventuel (est-ce aussi au sens de l’événement ?) et est défini comme ce dans quoi entre le sujet (SIX198).

Reprenant précédemment les négations quantiennes, qui sont dites « définitions du rien » (SIX157), Lacan lie également avec force le réel (encore en minuscule) et le sujet : « Seul le sujet peut être ce réel négativé d’un possible qui n’est pas réel ». Le réel en tant qu’impossible (il est plein, c’est-à-dire non négativé d’un possible) ou possible (il est creusé/négativé d’un possible) est une dimension du sujet, puisque le rien appartient au message (SIX198).

Il semble que l’identification au trait unaire ou naissance de la différence comme telle ne désigne pas la trouée du réel par le signifiant, puisque la possibilité du rien est préservée par le sujet et c’est même cette préservation qui le définit : nous avons donc affaire à une autre élaboration de la notion de réel ici, à développer.


Séverine Thuet.



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