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C’est lui qui souffle dans la trompette ! Mais quel changement dans la nature de la bête ? Ou de...


Cartel du 15 Novembre 2017


Le Séminaire, livre XV, l’acte analytique, J. Lacan


C’est lui qui souffle dans la trompette !


Mais quel changement dans la nature de la bête ?


Ou de la Bombe atomique et du franchissement du Rubicon.



Après quatorze années d’enseignement centrés sur les conséquences de la structuration de l’inconscient comme un langage, sur la promotion du signifiant comme seul vecteur, osons le grand mot, thérapeutique, années dont certaines furent consacrées à mettre en exergue l’intersubjectivité, nous voilà parvenus à la prise en compte de l’acte.


L’acte semble s’opposer à la parole, car à l’opposé de la vanité de la parole d’amour incriminée par Dalida dans sa chanson « Parole, parole et parole » vient « Il n’y a pas d’amour (c’est-à-dire des déclarations d’amour), il n’y a que des actes d’amour ». Et avec l’idée selon laquelle l’on ne tomberait pas en amour si l’on n’avait pas entendu parler de l’amour, l’on est directement au cœur de ce que le signifiant fait au corps.


L’opposition entre la parole et l’acte se voit par exemple dans le cas du suicide, qui peut être un acte de sortie de la chaîne signifiante : la réaction thérapeutique négative peut devenir une irrésistible pente au suicide chez ceux qui ont été des enfants non désirés, c’est-à-dire qui n’ont été admis qu’à regret dans la chaîne signifiante par leur mère. Le suicidé devient alors signe : c’est précisément à partir du moment où le sujet est mort qu’il devient pour les autres un signe éternel, et les suicidés plus que d’autres (SV 245).


L’on peut penser que ce qui n’a pu être dit conduit à l’acte.

Ce qui apparaît incidemment dans cette élaboration de l’acte suicidaire, qui seul, nous dit ailleurs Lacan, peut être un acte réussi, est que la fondation du sujet exige son inscription dans la chaîne signifiante, c’est ce qui le caractérise, conformément à la définition du signifiant maintenue jusqu’à présent par Lacan : le sujet ne vient au jour que par le rapport d’un signifiant à un autre signifiant, c’est ce à partir du quoi il faut concevoir l’acte sexuel dans sa structure d’acte (SXIV 168).

L’acte sexuel en tant qu’acte est la répétition de la scène primitive ou oedipienne qui inscrit le sujet dans une chaîne signifiante et le fait exister (SXIV 107). A regret lorsque la naissance n’est pas désirée.


L’acte a donc une structure. Laquelle ?


L’acte serait le seul lieu où le signifiant a la fonction de se signifier lui-même (attention, rareté : le signifiant qui se signifie lui-même), donc de fonctionner hors de ses possibilités : dans l’acte, le sujet est représenté comme division pure, l’acte est donc, en tant que division, et dernier support du sujet, point de vérité (SXIV 100).


L’acte est acte de division.

Ce qui pourra nous intéresser en ce qui regarde l’acte analytique.


L’acte, nous dit Lacan au séminaire précédent : 1/est un signifiant qui se répète,

2/est instauration du sujet comme tel,

3/d’un acte véritable (il y aurait donc des actes faussés/inauthentiques/frelatés ?) le sujet surgit différemment, c’est dire que la coupure modifie la structure (SXIV 106) : quelles seront donc, une fois pensé l’acte comme acte analytique, les conditions d’un acte véritable ? Ou la formation de l’analyste comme pouvant commettre un acte au sens où cet acte est acte de division suffit-il à garantir la modification de la structure dans le bon sens (ou toute modification est-elle bonne à prendre dans le sens où il n’y aurait qu’un sens possible) ?

4/quatrième caractéristique de l’acte comme signifiant : son corrélat de méconnaissance : le Repräsentanz de l’acte dans la Vostellung est la Verleugnung, à savoir que le sujet ne le reconnaît jamais dans sa véritable portée inaugurale.


Il y aurait un rapport consubstantiel du sujet à son acte comme démenti. Un « je sais bien mais quand même » ? Pas souhaitable en ce qui regarde l’acte de l’analyste.


Lorsque Lacan établit début 67 un schéma liant les fonctions du passage à l’acte, de la répétition, de la sublimation et de l’acting out, donc de différentes modalités de l’acte, il ajoute que l’acte en tant qu’analytique ne peut être défini par ces proportions et exige un beaucoup plus grand gap (trou, vide) (SXIV 109) : donc l’acte analytique n’est réductible à aucune de ces modalités de l’acte.


Et l’acte est le registre qui définit la fonction de l’analyste (SXIV 120).


Si l’on se réfère à la formule du fantasme, le passage à l’acte est du côté du sujet en tant que celui-ci apparaît effacé au maximum par la barre, ce qui désigne le plus grand embarras du sujet. Il bascule alors hors de la scène (qui le maintient comme sujet historisé), comme la jeune homosexuelle patiente de Freud, qui se laisse tomber (SX 136).


Comment l’acte peut-il être défini comme ce qui permet la mise en acte du sujet, afin qu’il se fonde par cette opération, et que sa structure soit modifiée, alors que l’acte est toujours l’objet d’un démenti ?

Si l’objet a est l’objet qui efface le sujet (SIX), l’acte du psychanalyste peut-il instaurer le sujet en laissant apparaître l’objet a ?

A quoi correspond chez le sujet l’acte du psychanalyste ? Peut-il être un acte manqué ? A quoi correspond chez l’analyste l’acte du sujet, s’il existe ?


Est-ce que la parole « Tu es ma femme », structurante d’une position subjective, non sans retour comme l’inceste, mais fondatrice d’un ordre symbolique en puissance, est un acte ?


La pensée de l’acte se trouve en filigrane de toute l’élaboration de la logique du fantasme, et d’abord parce que l’acte sexuel exige d’être pensé comme acte, comme coupure, donc comme autre chose que de boire un verre d’eau, à savoir comme modalité particulière du fait de la relation ou rencontre sexuelle (SXIV 118).

De même, l’analyste et l’analysant n’ont pas une relation, ce n’est pas de l’ordre de la rencontre factuelle : comme Lacan nous le rappelle ici en donnant des exemples d’actes liés à l’analyse (entrer en analyse, s’installer comme tel), la fondation du sujet comme acte est au cœur de la fonction de l’analyste comme pouvant se mettre à la hauteur de l’acte, de l’acte sexuel comme fondant le sujet, comme de son propre acte.


Le rapport de l’acte sexuel et de l’acte analytique est le suivant :


le cabinet de l’analyste est là où l’acte sexuel est forclos (SXIV 215) tout en constituant son lit, c’est-à-dire que c’est là que le sujet a à se fonder comme divisé, à se présentifier comme objet (a) (SXIV 123), objet (a) qui est le produit de l’acte sexuel au sens où il l’a défini (scène oedipienne).


Si le sujet est mis en acte (SXV 3) dans la psychanalyse, peut-on dire d’un rêve qu’il est un acte ? Par exemple, le rêve de l’injection d’Irma de Freud met en scène une formule qui est celle du rêve et de la psychanalyse, la formule du désir de Freud comme fondateur de la psychanalyse.


Peut-on rêver de l’objet a qui nous détermine comme sujet divisé ?


L’opposition apparente de la parole et de l’acte, visible dans certains cas de suicide, semble faire de l’acte ce qui sort du sens.

Or, précisément, la pensée de l’acte par Lacan promeut, à rebours de l’analyste qui favorise la fabrication de toujours plus de sens, le hors-sens, déjà dans sa lecture du Witz dans le SV.

Dans Télévision, Lacan nous dit que le versant du sens est celui dont on croirait que c’est le versant de l’analyse, or ce sens se réduit au non-sens, celui du rapport sexuel, d’où la saisie des rêves/lapsus/mots d’esprit dans leur versant de signifiant, de signe, et non de sens.


Si l’acte est un franchissement (par exemple franchir un seuil est un acte si ce franchissement met son acteur hors la loi SXV 5), l’opposition parole/acte ne se montre jamais davantage que dans l’acte psychopathique qui, selon Balier, psychanalyste de la violence, incarne la brisure entre le fantasme et l’acte dans le réel. Cet acte n’est alors pas pensable comme une mise en acte, en continuité avec le fantasme, mais comme ce qui prend place là où il n’y a plus de mots pour le dire (Psychanalyse des comportements sexuels violents).

C’est aussi pourquoi Assoun peut dire que le criminel, par son acte, se désabonne de l’inconscient. Le fantasme, normalement, protège de l’acte.

Par ailleurs, la prise en compte du comportement de l’analysé est le lieu d’une très vaste distinction éthique entre la psychanalyse freudo-lacanienne et, par exemple, les théoriciens de la relation d’objet, qui utilisent comme boussole le contre-transfert.


D’ailleurs Balier, à partir de cette distinction fantasme/acte, est conduit à mettre au premier plan de la méthode analytique l’affect, dont on sait que Lacan est accusé de ne jamais le prendre en compte.


La référence au schéma stimulus/réponse persiste dans la technique psychanalytique (SXV 5), nous dit Lacan, alors même que ce schéma court-circuite l’appareil psychique : dans certaines théories de la relation d’objet en effet, le patient réagit directement à ce que dit l’analyste et vice versa (vous dites cela parce que vous êtes en colère…).

L’idée de technique, à la différence de celle de l’art, présuppose la mise en œuvre de procédés. Est-ce que la conception lacanienne de l’analyse fait passer l’analyse d’une technique (analyse post-freudienne) à un art, chacun son style (donc pas d’imitation, mais le maintien de la division du sujet comme principe directeur) ?


Que devient donc le rapport entre l’acte et le fantasme, si ce n’est mettre en acte la division dont la formule du fantasme est porteuse ?


Sortir l’acte de la motricité, ce à quoi s’efforce ici Lacan, conduit à un décollement de l’acte de l’action, donc du comportement.


Il reste que le franchissement ou rapport à la loi demeure à questionner.

Il n’est pas anodin que l’indexation de la technique lacanienne à la nécessité de la coupure (coupure, qui, comme nous l’avons vu, permet seule la modification de la structure), indexation qui conduit à la rupture d’avec les standards de la cure, l’ait mis, au regard des instances psychanalytiques orthodoxes, hors-la-loi, inadéquat à être didacticien, inadéquat à former d’autres à la psychanalyse,.


Pour en revenir à la motricité :

Certains actes délinquants adolescents peuvent in fine se réduire à une question posée la loi, au père de la loi, donc relever du registre de la parole.


Les incestes, nous dit Lacan, nous font saisir que l’acte sexuel peut être instauration de quelque chose qui est sans retour pour le sujet : il s’agit d’un franchissement décisif (SXIV 106).

La réintégration par la mère de son produit est un acte qui a lieu dans la réalité (pas dans le réel externe comme le dit Balier : le réel pensé par Lacan est extime, reste de la symbolisation par le fantasme et l’imaginaire, cf cas du petit Dick), et psychotise au sens où il rompt avec la loi de la génération et que l’on ne sort pas indemne de l’approche de das Ding, dont le signifiant sépare le névrosé à tout jamais nous dit Freud (Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique, 1916, OCXV).


La définition de l’acte comme division distingue l’acte analytique de l’acte médical, de l’acte notarié, de l’acte poétique, tous ces éléments étant présents afin de restaurer toute l’ambiguïté (SXV 5) du terme d’acte.


Un mot sur l’acte poétique.


Comme l’interprétation, à laquelle nous ne saurions réduire l’acte analytique, l’on pourrait penser que le dire poétique peut se constituer comme acte dans la mesure où la signification ou l’équivoque peut, comme en analyse, faire date, produire un remaniement de l’histoire du sujet, que ce sujet soit personnel ou collectif (les vers d’Hölderlin sont encore commentés aujourd’hui), et l’on sait que l’art lacanien du maniement de l’équivoque (à l’image du Witz) a pu constituer des preuves à charge contre lui comme analyste sérieux, du point de vue de l’analyste de l’imaginaire.


L’on attribue à Adorno d’avoir interdit la poésie après Auschwitz.

La parole d’Adorno concernant la poésie après 45 est en fait plus nuancée, et, surtout, constitue selon lui d’abord un énoncé philosophique, qui, comme tel, ne prétend pas à dire quelque chose de factuel ou concernant la réalité : la poésie n’est plus possible, car la culture a été invalidée par le nazisme, mais il faut continuer à écrire des poèmes : citant Hegel, il affirme qu’aussi longtemps qu’il y a une conscience de la souffrance parmi les hommes, il doit exister de l’art comme forme objective de cette conscience.

La poésie comme forme culturelle est désavouée. Il reste que cette sentence, même mal comprise, contient un germe de vérité, à savoir que la poésie est confrontée dès lors à un impossible à dire.

L’acte prend-t-il la place d’un impossible à dire ? De l’impossible ? En somme, du réel ?


Quant à l’acte médical, il est réglementé par la sécurité sociale et la politique publique de santé : il semble que l’on ne puisse réglementer l’acte psychanalytique, le régenter par des principes, certainement, c’est tout l’effort de l’œuvre lacanienne, le mettre sous la commande de règles techniques, non. Et la scansion qui ignore le règlement a produit son excommunication.


Si l’acte est ce par quoi le signifiant peut presque se signifier lui-même et ce qui instaure le sujet, l’on voit bien en quoi le schéma stimulus/réponse est inapte à faire saisir la nature de l’acte, en tant qu’il lui enlève la dimension d’activité qui lui est propre (SXV 4).


L’engagement du sujet (SXV 5) que recèle l’acte de commencer une psychanalyse ou de s’installer est tout sauf de la passivité : le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même, ce principe est inscrit aux textes originels de l’Ecole et décide de sa position (Seconde version de la proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’école, texte qui précède d’un mois cette première leçon de séminaire).


Cependant, ces deux actes peuvent bien être effectués sous l’effet du transfert, ce qui n’en constitue pas nécessairement une mauvaise raison, en tout cas en ce qui regarde la première catégorie d’acte, quant à la seconde, le transfert devrait être contemporain d’une décomplétude de l’Autre (personne n’a l’objet a), qu’est-ce à dire ?

C’est le paradoxe de l’analyse telle que la présente Lacan : prendre la position de l’analyste tout en étant le tenant-lieu de l’Autre barré, tout en étant divisé, et non l’incarnation du savoir et de la maîtrise. C’est l’escroquerie : se faire dupe de la position du savoir.

Ironie de l’insistance de Lacan sur le trou dans l’Autre alors qu’il a si pleinement incarné l’Autre complété pour les autres.

Comment se transmet alors la psychanalyse ?


Lacan mentionne ici le transfert comme étant la mise en acte de l’inconscient (SXV 3).

Il fait alors référence à ce qu’il a apporté dans un temps déjà ancien à ce sujet. Dans le séminaire sur le transfert, celui-ci est appréhendé comme déterminé par le fait que l’analyste posséderait l’agalma, l’objet a, objet-cause du désir comme métonymie du discours inconscient (SVIII 180 et 234).


Mais ce savoir sur l’objet a n’est pas producteur de la science que serait la psychanalyse (SXIII 7, La science et la vérité), car la science forclot le sujet : or la division du sujet doit être maintenue dans le champ psychanalytique, en acte, pourrait-on dire. C’est pourquoi le psychanalyse est une praxis et non une poétique (qui produirait des interprétations ou des actes extérieurs à lui-même comme le menuisier produit un lit extérieur à lui-même), cf SXI 8 : le séminaire fait partie de la praxis qu’est la formation de psychanalystes.


Le maintien de la division du sujet dans le champ de la psychanalyse et sa pratique implique de s’extraire de ce qui fonde l’institution psychanalytique, à savoir l’idée de se faire reconnaître sur le plan du savoir (SXIV 148). Ce qui est à assumer par le psychanalyste, chacun dans ses modes propres, est sa relation à la vérité comme cause (SXIII 10, La science et la vérité).

C’est dire que c’est seulement la difficulté propre de l’analyste avec son inconscient qui fait qu’il peut répondre dignement là où on attend l’interprétation : la condition de l’analyste est qu’il ne peut répondre qu’avec sa propre difficulté d’être analyste. L’inconscient n’est donc pas, comme le pensent les tenants de l’analyse didactique, à partir d’un certain moment, une affaire réglée (SXIV 210).

Y a-t-il dès lors une partition entre un acte efficace et un acte inefficace ou tout acte en tant qu’analytique, c’est-à-dire commis par un analyste en difficulté avec son être-analyste, est-il porteur d’une efficace ?


Ce qui transparaît des références de Lacan dans cette leçon introductive de la question de l’acte en psychanalyse est la mise au jour de la fonction du désir dans son rapport au savoir.

En effet, de la même façon que lorsque Lacan fait référence aux nombres transfinis de Cantor dans la proposition de 67, il met au premier plan le désir de Cantor, qui aurait seul donné consistance aux nombres transfinis (ici la question est posée de savoir si la dimension du transfini dans les nombres était là, attendant l’opération de M. Cantor, de toute éternité SXV 6), c’est ici le désir du clinicien Pavlov, représenté par le bruit de trompette (SXV 7), qui est déterminant dans la mise en œuvre de son expérience, structuraliste sans le savoir.

Ce « sans le savoir » est déterminant pour ce qui nous occupe, l’acte analytique. Pavlov méconnaît la structure de son expérience.

Car il s’agit de mettre au premier plan, comme Lacan l’a fait à de nombreuses reprises par une élaboration progressive, par exemple dans la reprise de l’analyse des rêves de Freud, le désir de l’analyste, afin de mettre au jour ce qui dirige l’intervention de l’analyste.

Ne pas le savoir expose-t-il à autre chose qu’à produire par exemple des acting out, faute de repérer le registre d’intervention nécessaire (cf cervelles fraîches du patient de Kris) ou l’acte a-t-il une autre envergure ?


Pour le dire grossièrement, est-ce à dire qu’en l’absence, non pas d’un savoir extérieur ou d’une connaissance, mais d’un savoir ayant produit ses effets sur la structure de l’analyste, ce qui suppose le maintien de la division subjective chez l’analyste, l’expérience analytique s’apparente 1/ à une expérience dont ni le chien ni le patient n’est le sujet, mais où l’analyste est le sujet, 2/ où aucun changement dans la bête/patient n’est possible ?

Comme le séminaire fait pleinement partie de la praxis analytique, l’on ne peut véritablement en extraire des éléments et les pousser jusqu’à leurs dernières conséquences qu’afin de les ruminer, les mâchonner, en extraire le suc pour les assimiler soi-même, et non les brandir sur le drapeau de la vérité.

Il reste que l’on dirait bien, dans ce geste-ci, que l’impensé du désir de l’analyste fait des autres théoriciens de l’analyse non en prise avec leur difficulté d’être analyste des Pavlov qui s’ignorent.


La référence à Pavlov permet également la mise en évidence du désir de Lacan, en cohérence avec la nécessité de dégager la position subjective du théoricien : c’est ce qui répond à la question de ce qui est déjà avant d’être découvert, de la joute philosophique entre le matérialisme (intention de la théorie de l’arc réflexe) et l’idéalisme, c’est ce qui remet le sujet dans la science, c’est ce qui révèle l’accrochage du théoricien Lacan à la logique comme ce qui épargne la distinction corps/esprit. En effet, que le signifiant implique le sujet, comme cela est montré dans son analyse de l’expérience pavlovienne, suffit.

Que la position subjective lacanienne soit l’accrochage à la logique est annoncé à l’occasion de l’énoncé de la thèse suivante : la fonction de l’objet a est référée à la distinction de « l’ensemble » et de « la classe » (SXV 6).

Cet accrochage du discours lacanien à la logique, qui se justifie dans la mesure où l’analyste s’intéresse à comment les choses sont dites, à l’énonciation, analogue dans la méthode à la formalisation logique, se voit dans toutes ses conséquences à chaque pas de pensée.

Et par exemple dans son insistance sur la traduction du Vorstellungsrepräsentanz freudien : car dans sa traduction par d’autres comme représentant-représentatif se voit une intention précisément confusionnelle (SXV 6), qui ignore les conséquences de la logique du signifiant.


Une autre pensée est liée à l’apparition de la logique contemporaine, la philosophie analytique, pour laquelle, par exemple, les énoncés métaphysiques sont vides de sens car sans référent dans le monde réel : tout énoncé qui n’est ni tautologique ni vérifiable est invalidé. Cette position conduit au rejet des jugements synthétiques a priori de Kant par exemple, c’est-à-dire de tout système philosophique.

Le « on ne peut plus rien dire » auquel conduit le Tractatus de Wittgenstein s’oppose à l’association libre freudienne comme la glace au feu.

Notons que, dès le SVII, Lacan propose de remplacer l’esthétique transcendantale kantienne par une éthique : la pensée de Lacan n’étant pas une philosophie, son enjeu est déjà en germe de rendre raison d’autre chose que du registre de l’entendement, de la manière d’être, de la position d’être, voire de l’acte analytique.


D’ailleurs, qu’il existe une combinatoire préexistante à son devenir-consistant sous la forme d’un savoir par le biais d’un désir (de Freud, de Cantor, de Lacan) n’enferme pas pour autant le sujet dans le ciel des idées platonicien ou biblique (cf l’usine hydraulique existe par l’opération du Saint-Esprit, SIV : il n’y pas d’énergie produite avant l’usine, ou que le Verbe fut). Car en ce qui regarde le sujet, c’est précisément par un acte fondateur qu’il est instauré, par l’acte de la scène oedipienne qui crée une nouvelle combinatoire à partir des combinatoires signifiantes des lignées maternelle et paternelle.


L’enjeu est bien la saisie de la vérité du discours de Freud, de ce que ce savoir comporte de vérité (penser que ce savoir est déjà là à nous attendre avant que nous le fassions surgir, ceci pourrait être de nature à nous faire faire de tellement plus profondes remises en question…c’est bien ce dont il va s’agir à propos de l’acte psychanalytique SXV 9), ou de ce qu’il est possible de tirer comme savoir de cette vérité (la combinatoire – mode de présentation de la structuration de l’inconscient comme un – détermine une vérité, avant que le savoir n’en naisse SXV 6).


Sortir du dualisme matérialisme / idéalisme par la logique du signifiant, jusqu’à ses conséquences sur le vivant, sur la chair, par la jouissance, permet également de s’extraire de la question de trouver un fondement à la pensée plus réel qu’une entité spirituelle, ce qui est l’enjeu de concevoir la pensée par l’action.


Il est certes possible que, comme forme culturelle, la vérité du quotidien (la psychopathologie de la vie quotidienne comme les déterminants existentiaux de la quotidienneté heideggérienne) ne pourrait naître avant la mort de Dieu.


Pour distinguer le savoir de la connaissance, Lacan prend des exemples qui semblent paradoxaux : le savoir-vivre et le savoir-faire, qui pourraient naître à un moment donné (SXV 5).

Car des bonnes manières que l’on a ou pas, l’on ne peut vraiment dire qu’elles sont nées à un moment donné, elles sont le fruit d’une imprégnation éducative, de la soumission longue à un ordre symbolique régnant. Le savoir-faire lui-même naît de l’habitude, dont Ravaisson nous a appris qu’elle s’infiltrait progressivement dans le corps, comme lorsque l’on apprend à conduire : y a-t-il un moment où apparaît l’automatisme ?


Est-ce que la formation de l’inconscient qui est celle de l’analyste, ou le savoir y faire avec son symptôme de l’analysé, naissent à un moment donné ?


Si la cure d’un obsessionnel n’apprend rien sur la cure d’un autre obsessionnel pris en analyse, n’est-ce pas que nul savoir-faire ne naît de la conduite d’une cure (cette conduite n’autorisant en l’occurrence aucun automatisme, mais peut-être de parfois regarder dans le rétro ou de vérifier ses arrières) ? De quel savoir bizarre naît alors l’efficace dans l’analyse ?


Séverine Thuet

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