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Du X du sujet au X du rapport sexuel, ou Qu'est-ce qu'un corps ? A partir de La logique du fantasme

Séverine Thuet severinethuet@gmail.com Cartel du 1er Juin 2017 La logique du fantasme, leçons du 31 Mai et du 7 Juin 1967. Du X du sujet au X du rapport sexuel, Contre la philosophie et retour à l'exigence éthique freudienne, Non plus "Que peut un corps ?", question spinoziste, mais "Qu'est-ce qu'un corps ?" Ces leçons présentent une troisième élaboration de l'idée selon laquelle la jouissance se trouve au coeur du désir, après l'Ethique de la psychanalyse, distinction de la Chose et des coordonnées de plaisir, après Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, situation de l'objet a au centre de la pulsion : le désir tend à la jouissance comme à son au-delà, et l'écart entre les deux constitue le manque qui fait exister le désir. Ce développement de la logique du fantasme est en l'occurrence centré sur la nouvelle définition du sujet, nouvelle relativement aux autre théories du désir. L'on assiste à une étape de l'achèvement de la nouvelle éthique, qui n'est plus une esthétique transcendantale, visée déjà annoncée dans le SVII : logique du sujet indépendante des catégories (kantiennes) de la perception, des données structurales du sujet de la connaissance, une logique du désir, donc une érotologie (SXI). Le sujet n'est plus le sujet embrassant le monde du haut de ses catégories mentales et du haut de son corps soumis à celles-ci. L'existence au monde du sujet, qui continue d'être, en continuité avec l'histoire de la philosophie [ce résidu de présence - (a) -, en tant que lié à la constitution subjective, est en fait le seul point par où nous restons en continuité avec la tradition philosophique SXIV 191], l'énigme à résoudre [A quoi ça sert le langage ?...il fait le sujet. Ca suffit bougrement. Parce qu'autrement, je vous le demande, comment vous pouvez justifier l'existence au monde de ce qu'on appelle le sujet. in Petit discours aux psychiatres de Saint-Anne du 10 Novembre 1967, 6]. L'on aperçoit ici l'enjeu dernier, du point de vue logique et non pratique, de son élaboration : justifier l'existence au monde du sujet. Cette justification constitue le fondement de l'installation de son discours dans une logique [SXIV 190], ou science, qui ne doit absolument rien aux catégories de la connaissance [Petit discours..., ibid.]. Cette théorie du désir relative à l'expérience psychanalytique [en l'occurrence, il n'y a de jouissance que du corps, énoncé auquel nous reviendrons] répond à l'exigence de vérité qu'il y a dans le freudisme (SXIV 186). Et c'est donc tout contre Freud que Lacan élabore sa logique, à rebours de la distance qu'il pût prendre. Expliciter la fonction du sujet (et il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'une fonction, ce que Lacan rappelle souvent et qu'on a tendance à oublier, car il faut constamment s'extraire de la compréhension immédiate et quotidienne du sujet, que l'on confond avec une instance subjective - une instance : ce qui se tiendrait là, à nous soutenir dans notre être, alors que le sujet est fondamentalement mis en suspens), fait contribuer la logique psychanalytique à quelque chose qui n'est pourtant pas une doctrine, qui est seulement la reconnaissance d'un efficace, qui semble bien être de la même nature que celui qui fonde la science (SXIV 190). Deux éléments qui n'en font qu'un : l'efficace et la science. La mention de l'efficace est très importante : de même que la science des atomes produit Hiroshima, la fondation du sujet dont la logique lacanienne rend raison produit l'animation du vivant humain par l'inconscient. L'efficace est un terme philosophiquement mis en valeur et mis au travail par Hegel : le savoir s'incarne dans la réalité historique dans le sens d'une réalité effective et non seulement dans le sens d'une réalité comme opposée à l'idéel. La logique de la psychanalyse rend compte d'un effet qui travaille le réel. Si l'introduction du signifiant dans le réel a une efficace, si le signifiant fait le sujet, qu'il l'articule, qu'il est antérieur au sujet en tant qu'il représente un sujet pour un autre signifiant (Petit discours...7), il n'y a, logiquement, de sujet qu'après qu'il y eut du signifiant. L'on pourrait penser que cette logique est du même ordre que "Et le Verbe fut et créa la Terre", c'est d'ailleurs l'idée que reprenait Lacan dans La relation d'objet au moment d'expliquer le fonctionnement d'une usine hydroélectrique : c'est seulement parce qu'il y a l'usine que de l'énergie est produite : bien qu'il y ait toute cette énergie avant, néanmoins, une fois l'usine construite, personne ne peut contester qu'il y a une différence sensible, non pas simplement dans le paysage, mais dans le réel. L'usine ne s'est pas construite par l'opération du Saint-Esprit. Plus exactement, elle s'est construite par l'opération du Saint-Esprit, et si vous en doutez, vous avez tort (SIV 46). La différence d'avec une logique créationniste religieuse ou d'avec la métaphysique hégélienne est que précisément l'exemple en question met en scène une usine : un système de relations entre des axes et des boulons, une combinatoire de fonctions. De même, la logique ici élaborée se distingue de la philosophie en tant qu'elle n'est pas une ontologie : le sujet est en suspens, la jouissance est en suspens, l'aliénation implique le sacrifice de l'être subsistant, le fait que le sujet introduit le rien comme tel [Si le signifiant se définit comme représentant le sujet auprès d'un autre signifiant, renvoi indéfini des sens, et si ceci signifie quelque chose, c'est parce le signifiant signifie auprès de l'autre signifiant cette chose privilégiée qu'est le sujet en tant que rien, SIX 199 et 213]. Ainsi la question du "où" et du "quand" n'est pas pertinente, c'est d'antériorité logique qu'il s'agit. Il est de nécessité logique que le signifiant précède le sujet. D'où la visée d'un système formaliste (un algèbre, Petit Discours... 9). L'efficace analogue à celui de la science et dont se revendique cette pensée en diffère pourtant car l'être parlant se distingue du sujet de la science, sujet pur, dont une part est voilée, celle justement qui s'exprime dans la structure du fantasme (Petit Discours...11). L'objet de la logique lacanienne est le sujet en tant que divisé par l'objet a, qui fait le désir, ce qui a des effets sur les caractères de cette logique : si nous pouvons épurer le sujet de la science, le sujet d'une chaîne mathématique, comme quelque chose de simple et d'univoque, nous ne pouvons pas le faire dans le cas où l'être parlant est un être vivant, pour la simple raison que quelque chose reste enchaîné précisément à cette origine, à savoir à cette dépendance première de la chaîne signifiante, par exemple, la donnée de l'expérience selon laquelle sa mère n'a pas de pénis, n'est pas une chose qui fonctionne pour une partie du sujet, pour cette partie divisée (Petit Discours...9). A la psychanalyse la complexité et l'équivoque et non la simplicté et l'univocité de la science mathématique. Notons que le caractère d'être vivant n'est pas rapporté à un queconque registre matériel ou biologique mais à la chaîne signifiante. La raison en est que le vivant humain provient du désir, comme le montrent toutes les fois où quelque chose du désir inconscient est seul à s'opposer à la survenue du vivant. Même si là on flirte avec une dérivation catholique de la pensée de Dolto par exemple, du genre de la formule "je choisis de naître", ce qui, au vu des innombrables conditions malheureuses dans lesquelles de par le monde des enfants naissent, prouverait un masochisme humain sans limite. Avant de venir à la contingence, que la fondation du sujet dans l'articulation signifiante semble remettre à sa place (mais laquelle ?) ou exclure, il faut faire la place à l'idée que l'antériorité du signifiant n'est pas que logique, elle est aussi historique : les coordonnées du désir des parents, l'histoire signifiante de tous les ascendants (D'une question préliminaire...) jouent leur rôle dans l'histoire de l'un. Et même, tout le discours humain a déjà produit - non pas dans chaque sujet, au niveau de son effet subjectif en soi - cette pluie, ce ruissellement de résidus qui accompagne chacun des sujets intéressés dans le processus (SXIV 191). Les transformations politiques (les têtes royales tombent) et sociétales ont aussi une incidence sur le milieu du sujet, y compris celles induites par les progrès de la science : les objets a cavalent partout, isolés, tous seuls et toujours prêts à vous saisir au premier tournant, cf l'existence des mass-media, à savoir ces regards errants et ces voix folâtres dont vous êtes tout naturellement destinés à être de plus en plus entourés (Petit Discours...11). Raison de plus pour ne pas penser le sujet comme figure de l'intériorité. Lorsque Lacan paraît plus structuralise que jamais, et donc lorsque la primauté du symbolique paraît la plus forte, l'on peut se demander comment s'inaugure la voie royale pour le réel. Ce que Lacan retient, quinze ans après le début de son enseignement, du structuralisme, et dont il fait le fondement de sa logique du fantasme, est que la fonction du sujet dépend de l'articulation signifiante (SXIV 190). Et c'est dans l'efficace de cette articulation que Lacan nous plonge dans ces deux leçons, efficace qui produit la mise en exergue théorique de la notion de jouissance. Trois point cohérents, nous dit Lacan, avec l'éthique freudienne, sont issus de cette élaboration : Il n'y a pas de jouissance éternelle à promettre Il n'y a de jouissance que du corps Il n'y a pas de corrélat homme-femme. Revenons au fondement de la logique du fantasme, à savoir la nécessité de l'articulation subjective dans le signifiant. Cette nécessité n'est que la préface de sa recherche : rien ne saurait y être correctement pensé sans cela (SXIV 190). Ce qui est structuraliste est que le centre de la recherche en psychanalyse est quelque chose qui sans doute ne passe pas par ailleurs que par les voies de la structure, les incidences du signifiant dans le réel, en tant qu'il y introduit le sujet (SXIV 190). Cette idée n'est pas nouvelle bien entendu, c'est la définition du trait unaire : ...j'ai été amené, par le droit fil de la progression freudienne, à articuler...la fonction du trait unaire, en tant qu'elle fait apparaître la genèse de la différence dans une opération qu'on peut dire se situer dans la ligne d'une simplification toujours accrue, que c'est dans une visée qui est celle qui aboutit à la ligne de bâtons, c'est-à-dire à la répétition de l'apparemment identique, qu'est crée, dégagé ce que j'appelle, non pas le symbole, mais l'entrée dans le réel comme signifiant inscrit, et c'est là ce que veut dire le terme de primauté de l'écriture, l'entrée dans le réel, c'est la forme de ce trait répété par le chasseur primitif, de la différence absolue en tant qu'elle est là (SIX 155, éditions ALI). Cette différence absolue, autre nom de la singularité, est d'ailleurs ce que vise le désir de l'analyste : le désir de l'analyste n'est pas un désir pur. C'est un désir d'obtenir la différence absolue, celle qui intervient quand, confronté au signifiant primordial, le sujet vient pour la première fois en position de s'y assujettir (SXI 248). La nouveauté, qui, sans remettre en cause la primauté de la combinatoire signifiante, établit la connexion logique entre cette primauté et le fait que c'est de tel être parlant qu'il est question en analyse, que les déterminations signifiantes, familiales, transgénérationnelles, sociétales, politiques, sont insuffisantes à expliquer tel arrangement signifiant dans tel être individuel et surtout ce qui échappe à cet arrangement, la nouveauté est établie en posant que le lieu de l'Autre est dans le corps, que le corps lui-même est - d'origine - ce lieu de l'Autre, en tant que c'est là que - d'origine - s'inscrit la marque en tant que signifiant (SXIV 182), comme l'encoche marque le bâton du chasseur. Le corps dont il est question est un nouveau concept de corps : le corps de l'être parlant est le corps marqué par le signifiant, qui n'est rien moins que la fondation du sujet, l'effet de l'introduction du signifiant dans le réel. Aucune pensée n'a jamais, avant lui, fondé théoriquement ce qui excède l'érogénéisation du corps par le signifiant et a fortiori établi l'élément logique auquel se réduit in fine l'être en analyse. Il semble demeurer de la transcendance, historico-logique, mais, de l'effort immense d'extraire la pensée psychanalytique de l'anti-freudisme fondamental dans lequel elle était tombée, de sortir la pratique psychanalytique de la noyade imaginaire, Lacan parvient, quinze ans après avoir commencé à enseigner, à fonder la théorie psychanalytique de la singularité, en élaborant l'objet a. C'est ainsi que l'analyse s'oriente, en tant que pratique, vers ce qui fait la différence absolue : ce qui est en excès par rapport à la subjectivation du corps. Ce qui résulte de l'absence de signifiant de l'Autre, de l'absence de garantie de l'Autre, de son inexistence, est le déplacement de l'enjeu de l'analyse du signifiant à ce qui échappe à la domination du signifiant. Cette orientation est fondée dans ce que Lacan élabore ici comme disjonction du corps et de la jouissance au moment logique de la fondation du sujet (ce point de disjonction, suffisamment marqué par mon sigle ou algorithme...du signifiant de A barré, SXIV 197). L'articulation théorique entre la fondation du sujet et la séparation du corps et de la jouissance est simple : il s'agit de la même opération, à savoir que l'introduction du sujet comme effet de signifiant...gît dans cette séparation du corps et de la jouissance (SXIV 186). D'où l'enjeu de la praxis lacanienne, distinct de celui de l'élaboration freudienne, qui ne dépasse pas le roc de la castration (Analyse avec ou sans fin) : c'est là pour nous, que doit se poser la question, la question de savoir comment la jouissance est maniable à partir du sujet (ibid). L'analyse s'affronte dès lors à des objets qui ne sauraient d'aucune façon être pris par la domination - quelle qu'elle soit - du signifiant, ils y échappent de leur nature (SXIV 188), en tant qu'il sont marginaux,...ils échappent à une certaine structure du corps (SXIV 196). Ils désignent une jouissance qui est à la dérive (SXIV 193). Que l'enjeu de la démonstration lacanienne soit ici tel être parlant, tel corps, s'illustre dans le référence à la substance selon Aristote : si l'Autre c'est l'ensemble des corps, dont les rapports sont dominés par ce quelque chose qui, aussi bien s'appelle la loi (SXIV 186), si la fonction du corps est le lieu de l'Autre (SXIV 194), et donc que le corps est soumis au marquage par le signifiant, marquage qui dépasse de loin les coordonnées du désir de ses parents, le corps est posé comme étant le seul lieu de la jouissance (il n' y a de jouissance que du corps SXIV 185), et c'est sous le mode - logique - de ce qu'Aristote appelle une substance que Lacan a introduit la jouissance (ibid). Lacan reprend alors des éléments de la définition d'Aristote : la substance, au sens le plus fondamental, premier et principal du terme, c'est ce qui n'est ni affirmé d'un sujet, ni dans un sujet, par exemple tel homme individuel ou le cheval individuel (Organon I 7). Il ne s'agit donc pas du prédicat (ce qui est affirmé d'un sujet, par exemple animal est affirmé d'un lapin), mais pas non plus d'un accident (ce qui est dans un sujet, comme le blanc ou le noir dans un lapin). L'on voit bien que la substance échappe à la logique grammaticale traditionnelle, fondée par l'attribution d'un prédicat à un sujet, et Aristote lui-même réfère la substance au singulier. D'où l'on apprend que l'idée de contingence ne relève pas de l'accidentel au sens de la logique traditionnelle. Le royaume de la contingence était saisi par la pensée antique, par exemple, par Aristote précisément comme ce dont il n'y a pas science. Il en va tout autrement en psychanalyse. La fidélité fondamentale à Freud se voit dans la puissance du geste ici opéré, de même ordre que celle qui inaugure le discernement d'un désir inconscient dans l'interprétation du rêve par Freud : désigner le lieu, ou l'élément logique, de ce qui à la fois fonde le plus singulier et en est radicalement séparé, coupé, perdu, à savoir ce qui échappe à la subjectivation, tels l'ombilic du rêve ou l'objet a. Car le paradoxe est que la subjectivation du corps produit du hors-corps, l'objet a. Il est à la fois hors-corps, car il est coupé du sujet encore plus sûrement que l'inconscient freudien ne l'est de l'instance moïque, et il est en même temps la jonction la plus sûre avec le corps : il se présente comme chute, égaré au regard de ce corps [total] dont il dépend (SXIV 191). Nous savons depuis au moins le SX, où l'opération est schématisée comme telle, que l'objet a est produit comme reste de l'inscription du sujet au champ de l'Autre. Ce qui diffère ici est que cet objet en tant que reste de jouissance polarise dorénavant la pratique analytique en même temps que le sujet de l'analyse. Ainsi que le sujet dans l'acte dit sexuel et le rapport dit sexuel. Car, en psychanalyse, tout tourne...autour de...la difficulté inhérente à l'acte sexuel (SXIV 190). Et l'objet a est déjà le produit de l'acte sexuel, et non pas seulement comme rejeton biologique : il est déjà là au moment où se pose la question du mode dont il va jouer dans l'acte sexuel (SXIV 191). Nous avons déjà vu que c'était en tant que produit que le sujet entrait dans l'acte sexuel. D'abord produit par la rencontre sexuelle de ses parents. Mais dire que l'objet a est déjà le produit de l'acte sexuel, n'est-ce pas également se référer au parasitage de l'enfant, de ce produit de la rencontre parentale, par, non seulement le désir parental, mais précisément par ce qui en excède, par la jouissance parentale (cf réalisation des motions perverses de la mère dans le texte de Freud sur Léonard de Vinci, et, comme Lacan nous apprend ici à le distinguer, si la névrose se centre sur le désir, le pervers questionne la jouissance SXIV 197), ce qui cosntituerait un pas au-delà de l'élaboration du parasitage de l'enfant par le désir maternel dans La signification du phallus. Il reste que ce que Lacan pose ici est l'impossibilité de l'acte sexuel, c'est-à-dire d'un acte par lequel le sujet se fonderait comme sexué, mêle ou femelle, et qui aboutirait à la conjonction de deux êtres sexués complémentaires dans la jouissance en tant qu'au-delà du principe de plaisir (SXIV 183). Si la fondation du sexe, c'est-à-dire la consistance de l'assomption sexuelle n'est pas assurée, l'on pourrait penser que la condition du rapport à l'autre sexe n'est pas remplie. Mais le rapport à l'autre sexe pourrait également faire de l'homme un homme et de la femme la femme, donc assurer la sexuation. Ni l'un, ni l'autre. C'est pourquoi il est important de noter que les deux sont impossibles : ce n'est ni en soi ni pour l'Autre que l'assomption capitonnée du sexe est possible (quoi que vous fassiez, messieurs-dames, vous ne serez jamais absolument sûrs d'être mâles ou d'être femelles, Petit Discours...9), contrairement à ce que promettait la métaphore paternelle dans les 50', même s'il s'agissait déjà de faire avec les aléas d'une certification de mâle par exemple, ce qui laisse à penser que le tout du sexué n'était pas pris dans le tampon et que ce tampon relève de ce qui deviendra in fine du semblant. Est-ce pour autant que l'on puisse ou doive avoir la possibilité, comme c'est le cas en Allemagne et au Népal par exemple, d'inscrire un X sur la case réservée au sexe dans ses papiers officiels, c'est-à-dire de reconnaître légalement l'existence d'un troisième genre, de suivre la volonté de Norrie, troisième genre australienne, qui s'est fait opérée pour changer de sexe et n'est toujours pas contente (l'opération n'a pas réussi à enrayer l'ambiguïté resssentie par Norrie au sujet de son identité sexuelle, dit l'article de radio-Canada), de pouvoir se déclarer transsexuel à huit ans, de vouloir pouvoir être des deux sexes à la demande, comme le dit V. Despentes récemment dans les Inrockuptibles (On peut ausi compter sur une amélioration des accessoires telle qu'à un moment donné on pourra peut-être se greffer un pénis pour la journée et ressentir et faire ressentir réellement. Avec les imprimantes 3D, on peut déjà l'imaginer...) ? Qu'est-ce qui prend le relais du poids de la différence sexuelle, de la castration ? Ou est-ce l'ère d'une modalité de psychose ordinaire ? Pour revenir au texte, l'enjeu théorique est grand : rompre d'avec la normativité de l'identité sexuelle, ce qui était le cas chez Freud, malgré le caractère destinal de l'anatomie (cf différents caractères sexués indépendants qui s'affrontent ou s'accordent dans un même individu, dans son texte sur l'homosexualité féminine), et, plus encore, rompre d'avec l'absence de pensée à la fois du féminin et des déterminants de la rencontre entre les sexes au-delà du refus du féminin et de la castration. Plus encore, c'est avec le mythe de l'oblativité que l'élaboration de l'objet a rompt : celui qui fait l'homme est renvoyé à son objet de jouissance et il n'y a pas d'analogie entre le désir mâle et le désir femelle, pas de symétrie entre leurs positions subjectives. Coup mortel porté au mythe du rapport au corps total de l'autre. Mais si l'amour supplée à l'absence de rapport sexuel, il reste éventuellement la possibilité de faire, non une rencontre sexuelle, mais l'amour, conditionné par le téléscopage des traits unaires. Le suspens de la jouissance, au sens où le désir est déterminé par son objet, et au sens où il n'y a pas de rencontre de jouissance dans l'acte sexuel, est ce que les psychanalystes ont à prendre éthiquement au sérieux (SXIV 186) : le suspens de la jouissance est le coeur de la préoccupation éthique de l'érotologie en création. L'insatisfaisable est présent chez Freud, de structure dans la pulsion, dans le fait même de l'existence du psychosexuel, dans le ratage du processus de civilisation, Lacan en fait le centre de sa pensée, ce qui rejette la promesse de faire couple du point de vue sexuel et de faire un avec soi-même sur le plan de l'identité, y compris sexuelle, à rien de moins qu'au néant. De l'articulation du sujet barré à l'objet a dans la formule du fantasme résulte le suspens du sujet dans des états d'insatisfaction, dans cet affrontement au trou laissé dans un certain registre d'acte questionnable (SXIV 183). Et le suspens de la satisfaction se retrouve dans le symptôme, qui ne se soutient que de malaise et de souffrance (SXIV 183) : est-ce à dire que faire couple est assimilable à une création symptômatique ? Pourquoi parler de cet acte, s'il est impossible ? Parce que l'impossible en tant que caractéristique logique du réel se trouve au coeur de ccette logique, au point qu'on peut aussi bien dire qu'il n'y a pas d'acte sexuel qu'il n'y a que l'acte sexuel (SXIV 183). Car le sujet est fondé comme suspendu dans la recherche de l'impossible jouissance, en tout cas en ce qui concerne le névrosé (le fou ne demande pas son petit a, il le tient, c'est ce qu'il appelle ses voix, par exemple, Petit Discours...10). La suspension ou annulation de la jouissance est la castration (SXIV 186) : le manque de jouissance conditionne le simulacre ou jeu de l'acte sexuel (si elle ne manque pas, pas de prise de risque que l'acte ne se produise pas activement comme acte, pas d'entrée dans le jeu phallique) : c'est justement dans la mesure où la castration est produite -, qu'il y a, oui ou non, chance qu'il y ait une acte sexuel (SXIV 187). La mise en jeu du non-rapport a pour nerf logique la création de la valeur de jouissance, due à l'escamotage du phallus au moment de l'aveu du sexe : l'organe réel de la copulation est négativé et la jouissance objective (jouir de la femme) passe du côté de l'autre, comme la jouissance du maître passe du côté de l'esclave. Le ressort de la questionnabilité de l'acte sexuel est que c'est de l'acte que les difficultés commencent, c'est en tant que l'acte est signifiant et que comme signifiant, il rate (Petit Discours...9). Conformément à l'idée selon laquelle l'inconscient parle sexe et non parle du sexe, et à la structuration de l'inconscient comme un langage, ce ratage prend la forme du procédé de langage qu'est la métaphore : le corps de "ma" femme devient la métaphore de la jouissance de cet homme (SXIV 194), fiction qui laisse inconnue la jouissance à la dérive du corps de l'homme (SXIV 195).

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