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Kant avec Sade ou Crime contre le penseur



Cartel du 16 Juin 2015,

Kant avec Sade, ou Crime contre le penseur.


Quel peut donc être l'intérêt de démontrer que Sade se trouve être la vérité de Kant ? Quel peut être l'intérêt moral de cet tour de passe-passe philosophique ? L'analyste peut-il vraiment s'affranchir de la morale ?


Quel peut donc être l'intérêt de démontrer que le sadique paradigmatique dirait le vrai de ce bon vieux Kant, tournant toujours autour du même parc, dans le même ordre, de ce bon vieux célibataire qui n'a jamais fait de mal à une mouche, ni même à une femme, ni certainement touché à son bon petit pénis, ce génie de l'entendement qui a produit le pensum le plus long et le plus fondateur de la modernité philosophique, summum de la pensée allemande dans ce qu'elle a de plus perçant, de plus lourd et de plus efficace, tel un bon gros panzer, de plus mort dirait Nietzsche, mais de plus puissant aussi sûrement ?

Je me suis toujours refusée, par souci de mon bien être le plus élémentaire, de m'enfoncer dans ce labyrinthe digne de Kubrick, qui pourrait congeler n'importe quelle force vitale, et dieu merci aucun programme d'agrégatif ne m'y a jamais forcée.


Il reste que les attaques contre le formalisme des droits de l'homme conduisent, il faut bien le dire, au flirt avec le fascisme le plus clair.


Ce n'est pas par hasard que mes maîtres d'esthético-politique sont heideggériens, et que la réaction à Kant produisit le romantisme allemand le plus débridé, le plus enchanteur, le plus séduisant qui fut, et dont l'origine est dans Kant lui-même, dans cet énoncé : la loi morale au fond de mon coeur et le ciel étoilé au-dessus de ma tête.

Rousseau, Schiller, tous ces programmes politiques de révolution esthétique sont les pères de tous les mirages révolutionnaires. De commun entre Heidegger et ces penseurs se trouve le souci de l'enracinement, donc de la Terre. Contre le mondialisme, comme dirait Le Pen, conserver une oeuvre d'art en son lieu originaire est une nécessité existentiale, de Heidegger à Benjamin. Que peut donc demeurer de la morale après la transformation d'humain en savon ?


Si Sade est la vérité de Kant, Auschwitz serait la vérité de la révolution française ? Certains le soutiennent.


Soit l'on choisit le formalisme, donc l'on choisit tout aussi bien la destruction de la loi, soit l'on choisit la loi enracinée, et l'on est fasciste. Va-t-on se remettre une bonne fois pour toutes de la disparition des Grecs ?


Non, Il y a le formalisme car Dieu est mort, sacré Descartes, il n'y a donc plus de souverain Bien. Soit. Qu'est-ce que l'analyste, que dis-je, l'Analyste, a à voir là-dedans ? Est-il bien beau, est-il bien bon que l'analyste se mêle de philosophie, au fond ? Son éthique n'est pas celle du monde, n'est pas celle de l'éthique philosophique : le modèle qu'il érige est celui d'Antigone, autant dire pas celui de tout le monde, mais bien plutôt celui de l'héroïne par excellence. Dans le cas d'Antigone, l'objet a ne serait pas pathologique (ni kantien, ni anti-kantien, ni sadien, ni anti-sadien).


L'éthique de la psychanalyse n'a rien à faire avec celle de la philosophie, donc de la marche du monde, elle est toute érotologie.


Ce que reproche Lacan à l'éthique kantienne est d'éliminer le sujet de l'énonciation, donc le sujet de l'inconscient, de la loi morale (car c'est en vertu de la loi située en l'Autre que j'agis lorsque j'agis sous la pression de la morale : c'est une structure en effet identique à celle de l'acte du pervers tel que théorisé dans le SVI, j'agis pour faire jouir l'Autre).

Mais, je dirais, heureusement que l'éthico-politique élimine le sujet de l'inconscient de son édifice. C'est même la définition de la position de la psychanalyse d'être l'envers de tout cela, de même dans l'idée que le sujet de la science serait l'objet de la psychanalyse (pris dans l'article de Zafiropoulos sur la découverte sur la dépression, mais c'est quelque part chez Lacan).


Or, à quoi sert d'oeuvrer et de payer cher pour ne pas céder sur son désir, si c'est la jouissance qui se trouve en son coeur, comme l'indique la formule du fantasme ?


Il y a une malhonnêteté certaine à inverser la maxime universelle en droit à la jouissance, et le névrosé y répugne fortement, c'est de la magie noire. Car ce droit est refoulé pour lui, interdit, unmöglich, verboten, streng verboten, la Schlague n'est pas loin. Ce n'est pas parce que dieu n'existe pas que tout est permis, comme l'affirme le possédé. Il est, justement, lui, possédé. Par le démon.

Tel le psychopathe qui manipule, sodomise, égorge, fait jaillir le sang très loin sur les murs. Est-il un épigone sadien ? Le criminel est-il un épigone sadien ?


Car la notion de crime semble toujours prise dans un sens romantique quand c'est Sade qui le fait dire, tel un sacré petit libertin, sacré coquin, va, qui fait des misères littéraires à des servantes, à des jeunes filles belles comme le jour, et qui adorent qu'on secoue leurs cons dans tous les sens et par n'importe qui, ce qui séduit beaucoup le névrosé qui s'en fait des frissons.

A entendre Lacan, qui s'y connaît pourtant en théorie du crime dans la réalité sociale, si le héros sadien est la vérité de la morale kantienne, de l'universalisme, alors le héros sadien serait dans la jouissance (car on pourrait retourner la loi morale en destruction de la loi, geste du pervers qui retourne le vagin comme un gant, dit-il je ne sais plus où : ce texte lacanien qui retourne le texte kantien comme un gant serait-il pervers ?).


Or, comme le dit Monique David-Ménard dans Les constructions de l'universel (83), le texte de Sade ne développe pas une thèse mais bien plutôt la met en acte : son contenu veut moins par sa seule explication que par cet acte même qui prétend assimiler la rigueur de la pensée et le forçage de la jouissance des lecteurs,(...)la jouissance, c'est le forçage, et cela sans métaphore ou déplacement.

Le forçage, c'est le psychopathe : forçage des portes, des soutiens gorges, des pantalons, forçage des anus et des gorges au couteau, forcer l'enveloppe du corps.

Que la psychanalyse démontre que le plus haut se réduit in fine au plus bas au sens moral, la délectation du menu (exemple de sublimation dans le SXI) au suçotement animal du sein, permet de faire tomber les idoles, oui, derrière le précepte chrétien aimez-vous les uns les autres il y a toute la haine du monde, certes, n'empêche qu'il y a une barrière infranchissable entre l'esthète gourmet et le psychopathe t'arrachant la langue pour la bouffer après y avoir songé avec excitation depuis six mois.

La loi n'a pas le même sens dans l'universalisme kantien et dans l'univers du sadique.


L'on peut saisir par exemple que l'enfant est l'objet de toutes les attentions de l'universalisme formel, droits de l'enfants, interdiction de les enfumer dans la voiture, de les enfumer au parc d'enfant, de leur mettre des gifles, bientôt de leur imposer de mettre des pantalons quand ils se trouvent qu'ils ont un pénis, et que du même coup l'enfant est le dernier objet de désir interdit, à l'époque où tout est permis dans le sexuel, où le fist fucking devient une pratique objet d'ouvrage de sociologie, de publicité, de documentaire, objet paradigmatique de l'annihilation de la différence des genres, de l'égalité homme/femme, car l'anus est le même pour tous, il faudrait voir du côté de chez Allouch.

Coïncidence étrange, il est vrai, après des siècles pendant lesquelles l'enfant n'était rien sauf s'il revêtait une valeur patrimoniale, donc capitaliste, pendant lesquelles il était abandonné, étouffé, donné comme une vieille sape, échangé, oublié, pas regardé.


Ce qu'il y a de commun entre les deux positions selon Lacan, et donc de retournable comme un gant, est la logique froide de l'entendement, de la rationalité dénuée d'affect (combattu par Kant, restauré par Rousseau : j'ai un sentiment intime naturellement de ce qui est bien et de ce qui est mal, petit Emile, mais c'est vrai pour tout névrosé, n'est-il pas), c'est ce que dit Zizek dans Kant avec (ou contre) Sade ? : le héros sadien serait apathique au même titre que le héros kantien, et ce serait bien là le problème.


Quel affect au statut restauré réintroduirait l'érotologie lacanienne ? Puisque le joint du signifiant au corps se fait par l'objet de la jouissance, ce qui veut dire souffrance ? S'agit-il, en fin de cure, d'assumer en son nom propre la douleur d'exister, et non de la rejeter dans l'Autre comme le sadique ? OK.


Pourtant l'on peut bien douter de l'apathie du criminel au sens plein, c'est-à-dire au sens non littéraire. Il y a de l'excitation chez le criminel pervers, sa jouissance implique les coordonnées de son fantasme, dont il n'est pas coupé. L'argument kantien de la potence que reprend Lacan se comprend bien dans la perspective psychanalytique dans le sens où le névrosé peut précisément vouloir baiser telle femme justement parce que le risque de la potence succède au plaisir, justement parce que c'est la femme de son frère par exemple, ce en quoi il se complique vraiment la vie il est vrai, mais la potence, la vraie, la perpétuité, la peine de mort n'empêche pas le vrai crime. Le psychopathe dit, lors de son arrestation finale, que s'il sort, il recommencera.


Le héros sadien, comme le héros kantien, n'a pas d'histoire, c'est ce qui fait qu'il s'agit de philosophie, et non de psychanalyse.


le psychopathe, lui, qui a une histoire, et qui parle à la psychanalyse bien plus que toute épigone sadien, à la fin de son procès, fait le contraire de ce que l'on attend de lui, à savoir donner des réponses aux parents des victimes, il s'adresse au tribunal et demande des comptes à la société.


Le nazisme lui-même s'origine dans l'histoire de l'Allemagne, dans l'histoire de la pensée tout aussi bien, le nazi particulier quant à lui fait-il autre chose que de laisser agir ses pulsions perverses telle la mère au sein, protégé du crime permis en temps de guerre, comme la mère par son statut chrétien ?


La philosophie, marotte de Lacan tels les noeuds borroméens, complexe de penseur, l'éloigne de son objet, ça fait beau, ça fait sérieux, ça fait chic, ça fait mystérieux, ça fait jouir ceux qui ont un complexe de penseur et les soixante-huitards qui ont jeté les soutiens gorges, les préservatifs et la morale des années 50, mais ça recouvre son génie clinique.


Et, de toute façon, d'une part, il vaut mieux philosophiquement poser la loi kantienne que la loi sadienne, qui conduit toujours à un moment donné à la saisie de l'intégrité corporelle de l'autre, de la souffrance de Catherine Millet à la phrase du spécialiste du fist fucking dans le rôle actif (parce que, de cette opposition, l'on ne peut se passer) : c'est quand l'autre pénétré commence à le supplier d'arrêter qu'il sait que ça va commencer à être vraiment bon (issu du documentaire que je ne vous recommande pas vraiment https://www.youtube.com/watch?v=-KQ9TxttL1U), d'autre part, Bataille a bien plus de talent.


Séverine Thuet.


Photo : Gérard Depardieu dans Sous le soleil de Satan, Pialat.



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